Voilà 10 jours que mon Charlie chéri est parti.
Son ombre est partout.
Je vis des moments douloureux que je ne peux partager avec personne.
Ceux à qui je pourrais m’en ouvrir sont, eux aussi, plongés dans le chagrin et l’absence et ils me demandent avec délicatesse d’éviter de leur en parler, de prononcer son nom, de partager des photos, et je les comprends.
On se soigne comme on peut d’une perte si cruelle.
Mon esprit confus est tiraillé entre deux attitudes qui, toutes deux, me font mal.
Quand je ferme les yeux, je le vois.
Quand je les ouvre, je le cherche.
Il est ma première pensée le matin, et la dernière quand je m’endors.
Je ne sais si je dois dissiper son souvenir quand il m’assaille, ou au contraire, l’inviter dans mon âme et dans mon cœur, quitte à souffrir.
On me dit : il vit maintenant dans ton cœur, mais cela veut dire que je sens sa présence près de moi en permanence, car mon cœur est toujours avec moi. Il est là quand je dors, quand je me lève et que je vois sa silhouette au bout du couloir, ou à la promenade, levant hardiment la patte sur tout et n’importe quoi. Son souvenir surgit en moi, inopinément, à la faveur d’une balade, d’une idée, de quelque chose qu’il aurait aimé. Quand on mange, quand on monte en voiture, quand on coupe une croûte de fromage qu’il adorait, quand on croise un chat ou un pigeon, quand je me couche et qu’il ne met pas ses pattes sur le lit pour qu’on soulève son petit cul et qu’il pose sa tête sur l’oreiller. Quand je baisse la vitre d’un seul côté dans la voiture. Quand, tout simplement, je regarde le bout du canapé où il avait l’habitude de me demander de le hisser, et où il se calait confortablement, dormant la langue à demi tirée comme le font les teckels. Je pense à lui quand je coupe un bout de biscuit en deux pour les chiennes, plutôt qu’en trois, lui qui adorait tellement les gâteaux et le goût du beurre et de la crème. Quand José allait se servir une part de gâche ou de quatre-quart, la fine truffe de Charlie le réveillait du sommeil le plus profond. Quand nous sortons notre petite chienne et que j’ai l’impression de l’oublier à la maison.
Tout est souvenir…
Ce souvenir, je le laisse m’envahir. Je le laisse prendre de la place, monter, piquer mon nez, faire couler mes larmes, discrètement.
D’ailleurs, à la maison, tout le monde pleure en cachette…
Je ne sais pas pourquoi.
Alors, je m’absorbe dans des activités plus ou moins prenantes, plus ou moins intéressantes ou agréables. Je réserve des vacances, je cherche des maillots de bain, je lézarde sur internet, je regarde des séries. J’oublie un moment, puis je me souviens.
Ça devient de plus en plus dur de croiser sa petite bouille dans des photos et dans des vidéos, et ça aussi, ça me fait mal, parce que ça m’incite à l’effacer un peu, pour avoir moins mal, mais l’effacer me fait très mal.
Je suis prise dans ce dilemme. Se souvenir, ou tenter de mettre à distance.
Mais les deux me font souffrir.
Alors, mes larmes coulent vers l’intérieur mon chien disparu qui est toujours là.

