Charlie


Tout est dur dans la mort d’un chien qui nous a aimé d’un amour sans compromis, sans calcul, gratuit. Un amour divin, en quelque sorte. On est sans cesse invité à minimiser cette perte pourtant immense, parce que perdre son chien serait moins grave que perdre un proche. Pourtant, l’amour des chiens, leur attachement, leur dignité dans leur affection, leur besoin de nous regarder et de nous comprendre, avec leur regard innocent et sans aucun préjugé, je l’ai rarement connu dans une autre espèce, pour ne pas dire jamais.

Mercredi 15 juillet, à 11h30, mon chien, mon Charlie s’est éteint comme une bougie fatiguée et tremblante. Je l’ai embrassé avec tout l’amour que j’avais pour lui et que je voulais qu’il emmène avec lui là où allait son âme pure et candide. J’ai pris son corps lourd dans mes mains pour le poser délicatement dans la couverture préparée pour lui. Un coucouche-panier beige à pois, usé par les lavages répétés. Puis il est parti pour toujours avec la véto.
J’ai aimé et j’aime tous mes chiens, sans exception, sans faire de différence, mais Charlie était vraiment spécial, comme Diégo, dans des genres différents.
La photo repérée sur internet alors que je cherchais des teckels à poils durs à adopter était celle de Charlie, avec sa touffe de poils hirsutes sur le sommet du crâne, et un air d’enfant sage sur sa photo d’école. Pourtant, une fois chez l’éleveuse, nous avons choisi Nénette. Nous voulions une femelle, c’est plus facile pour les petits besoins. Et nous avons pris rendez-vous pour quelques semaines plus tard, les chiens ne pouvant être adoptés qu’à 9 semaines, ce qui est encore bien trop tôt.

La photo de Charlie sur internet.
Charlie à trois mois.

Un jour de la fin janvier 2015, nous nous sommes rendus chez l’éleveuse, au milieu des vergers, près d’Azay-le-Rideau pour récupérer Nénette (qui aurait dû avoir un nom en « j », mais nous, on s’en foutait…). La toute petite mignonne nous attendait. On avait préparé un couffin pour le voyage. Il restait deux chiens présents sur la portée de onze chiots : Nénette et un misérable laissé pour compte maigrichon, hirsute et plaintif, « Jazzy » dont la dame nous apprend qu’il n’a pas trouvé preneur, qu’il est très gentil, que c’était pourtant leur préféré. Je prends le petit chien chétif dans mes bras, ce qui, on le sait, est une erreur fatale, et j’en tombe instantanément amoureuse. La dame nous le brade à moitié prix, et nous repartons avec deux chiens minuscules pelotonnés dans le petit couffin dans les bras d’un papa attendri. J’ai souvent dit par la suite que le Jazzy rebaptisé Charlie était comme ces imprimantes bon marché : pas cher à l’achat, mais très couteux à l’entretien !

C’est peu dire que je n’ai jamais regretté cette adoption inattendue.
Cette décision faite sur un coup de cœur a été une des plus belles choses qui me soient arrivées. Charlie et moi, on est tombé amoureux ce jour-là, et on s’est aimé follement jusqu’à ses derniers instants. Quelques minutes avant sa mort, je le tenais dans mes bras, sa tête sur mon épaule, et je sentais son souffle léger et court dans mon cou. J’étais tout pour lui. Il m’avait choisi, et c’était un peu injuste pour les autres membres de sa famille.
Quoi qu’il se passe dans sa vie, son retour de promenade avec José, son déjeuner, son dîner, il courrait me retrouver pour m’en faire part. Quand je m’éloignais, il était perdu et désespéré. Quand je revenais, il poussait des cris de joie qui faisaient penser à des cris de phoque, rauque, profond et plein de reproches. Il passait ses journées près de moi, plus près, plus près. Je disais que si ça avait été possible, il aurait fusionné avec moi. Allongé près de mon bureau, sa tête à angle droit coincée contre les tréteaux de la table, au risque d’un torticolis.
J’ai pris la dernière photo de lui à cet endroit, à mes pieds, au plus près, et c’est ainsi que je le vois dans mon cœur.


Il était mon ombre, mon double, mon reflet. Jamais moi sans lui, jamais lui sans moi. Un cœur aimant d’un amour sans conditions, total, vital, profond. Je l’ai aimé au premier regard et il me l’a bien rendu.
Et son papa aussi. Nous avions un attachement sans borne pour cet être démuni, si gentil, si doux, si confiant. La vie de Charlie a été une source intarissable de bonheur pour ceux qui vivaient avec lui. Rien n’était plus doux et plus gentiment docile que ce chien soumis, qui se prêtait à tout sans jamais râler, sauf quand je lui faisais des bisous sur le ventre quand il dormait. Il n’aimait pas ça !
Mon petit compagnon de chaque jour, fidèle comme une ombre, qui se déplaçait dès que je changeais d’endroit, entre le bureau où je dessine et mon ordinateur, même si c’était juste quelques secondes pour changer une musique ou un podcast, qui descendait les escaliers pour me suivre quand j’allais chercher à boire, ou ouvrir la porte à un livreur. Il était toujours inquiet d’être le plus près possible de moi. Certain dirait « un pot de colle », mais c’était tellement fort, tellement beau, tellement doux, et si innocent et candide que jamais ça ne m’a gêné, ou agacée. Il me cherchait dans la maison, me retrouvait sous ma douche, entrouvrait la porte des toilettes pour vérifier que c’était bien moi, et remuait la queue au seul son de ma voix… Dès que je sortais pour une course ou une autre, il gémissait et se plaignait, et mon retour était salué d’aboiements langoureux et éraillés. Il allait chercher sa voix profondément, dans l’excitation provoquée par mon retour, et elle sortait, râpeuse et gutturale, avec des reproches et du désespoir… « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il était aussi assez bizarre, un peu comme Diego. Lorsque nous l’avons récupéré, il était maigre comme un clou, et on a même cru qu’il ne survivrait pas, parce qu’il était un petit chien timide, en retrait, et qu’il n’avait pas eu suffisamment accès aux tétines de sa mère qui devait nourrir onze chiots, ce qui n’est pas de la tarte. Malgré les bons soins de l’éleveuse, il n’avait pas non plus reçu sa dose d’amour et de confiance. Et puis un jour, j’étais là pour répondre à tout.

On ne peut pas dire qu’il réunissait les critères de la race. En grandissant, il avait le poil doux et soyeux, facilement emmêlé en longues dreadlocks laineuses. Il avait une frange et des moustaches de griffon, des yeux doux bordés de très longs cils, des griffes de Totoro, longues et noires, des quenottes d’un blanc remarquable, un corps très long et des pattes très courtes, d’où ses problèmes de dos et sa paralysie.
C’est celui de nos chiens que nous avons le plus emmené chez la véto… Les oreilles, les yeux, les tétines, les petites boules ici et là, les bobos divers et variés, et, événement notable, une montée de lait ! Comme il dormait avec moi, collé-serré contre mon ventre, il profitait à fond de mon traitement hormonal pour la ménopause. Conclusion, une grosseur d’un téton dont il s’avère qu’il est rempli de lait et étonnement sans précédent de notre véto.
En grandissant, il a dû aussi être castré pour cause de trop grande activité. Pris dans des tempêtes hormonales, il ne mangeait plus.
Puis, un jour de 2025, ses pattes arrières n’ont plus répondu. C’est fréquent chez ce type de chien, mais, à notre étonnement et soulagement, grâce à son courage et sa détermination, et l’aide de nos vétérinaires, il a progressivement récupéré, jusqu’à retrouver une démarche chaloupée digne d’Elvis Presley.

Charlie en plein effort.

C’était un chien contemplatif, qui s’arrêtait pour regarder voleter les papillons, lézardait sur la terrasse le nez au vent, sentait les fleurs du chemin, aimait rôtir au soleil. Lent, tranquille, il prenait le temps de tout, sauf, peut-être pour aboyer sur tous les ennemis et intrus qui pénétraient son espace vital. Il regardait passer les trains avec un interêt de petit garçon.

Charlie pensant tranquillement. Chemin des papillons – 2025

Il était absolument adorable, même quand il aboyait à tous les pigeons, les chats, les chiens, les gens. C’était le chien le plus câlin, tendant son museau pour recevoir des baisers, des caresses sur son poil de soie fine qui servait également de serpillière et d’attrape-poussière. Contrairement à sa sœur, qu’il vénérait, il n’aimait pas trop jouer à la balle ou se baigner. Pour lui, jouer, c’était courir après Nénette et lui mordiller les cuisses, puis revenir se coucher à mes pieds, me servant de chaussons en fourrure au plus chaud de l’été.

Lorsque nous avons adopté nos chiens, on a décidé, mon mari et moi, de ne pas suivre les « il faut que » tant que cela ne leur nuirait pas… Après avoir dormi sur le canapé du salon pour les endormir dans mes bras, et y avoir terminé ma nuit avec mes deux chiots endormis et des courbatures, nous avons décidé de les accueillir dans notre lit. Quand il avait froid, Charlie se glissait comme un petit taureau aveugle sous la couette et se pelotonnait contre moi. Je sens encore son petit corps tout chaud blotti contre le mien.

Dire que je suis dévastée de son départ au paradis des chiens serait trop peu. À chaque fois que je perds un chien, mon cœur est brisé, mais Charlie n’avait que onze ans et demi. Je perds plus qu’un ami, un enfant poilu imparfait, vulnérable et doux, dont la présence de chaque instant remplissait ma vie au quotidien. Je ne peux dire adieu à sa petit bouille poilue, son sourire plein de dents, ses longues oreilles… Je ne veux pas n’avoir comme souvenir que les dernières semaines de sa vie, qui le firent souffrir, qui le diminuèrent, et qui me font mal. Sa petite poussette pour le balader, mon foulards à pois, tout ce que nous avons fait pour essayer de réduire ses souffrances et lui donner encore un peu des joies qu’il avait dans l’existence, jusqu’à lui dire adieu dans un dernier geste d’amour qui nous a demandé un courage fou.
Je ferme les yeux sur mon chagrin et mes larmes, et je le revois, dans le couloir, m’attendant couché sur le dos, ses petites pattes repliées sur le torse, agitant la queue et frétillant ou encore me sollicitant sur la dixième marche de l’escalier qui le mettait à mon niveau, le museau glissé entre les balustres, quêtant une caresse et un baiser. Je revois son petit corps dodu installé au bout du canapé, à mes côtés, dormant paisiblement, sa petite langue rose à demi sortie ou encore son museau glissé par la vitre de la voiture, faisant voler ses longues oreilles à tous les vents et par tous les temps, parce qu’il adorait ça. On s’enveloppait de cache-nez et montions le chauffage pour lui ouvrir la fenêtre, l’hiver. Il était pourri-gâté, c’est vrai, et nous en sommes fiers.
L’amour que j’ai reçu de ce chien a été l’amour le plus pur, le plus désintéressé que j’ai jamais reçu. Les chiens nous aiment comme nous sommes. Eux-même vivent dans une totale ignorance de leur beauté, de leur grâce, de leur charme. Ils nous offrent leur dévouement et leur amour sans calcul, sans arrière-pensée. C’est ainsi que Charlie m’a aimé, et que je l’ai aimé en retour.

Merci à lui d’avoir partagé son adorable existence, sa bouille, sa joie, son innocence, avec nous, humains si imparfaits. Merci à la vie de l’avoir mis sur notre route, un jour de 2015, alors qu’il n’avait que quelques semaines, et d’avoir rempli notre chemin de son amour sans limites.

Aujourd’hui, on lave gratis…

Je m’interroge grandement sur le glissement progressif vers la droite extrême, bien que la population et les élites en connaissent les dangers, et la dernière guerre n’est pas si loin qu’on en ignore la menace et les périls.

POURQUOI ?

Pourquoi les gens deviennent-ils de plus en plus racistes, violents, repliés sur eux-mêmes ?

Parce que non, ça n’a pas toujours été comme ça. La parole de l’impensable s’est libérée…

La seule réponse que je trouve est que les populations subissent ce qu’il est commun d’appeler « un lavage de cerveau ». Un lavage à 90° quotidien…

D’une part, on réduit les moyens éducatifs conduisant à la mise en place de l’esprit critique et de la libre-pensée, on réduit le vocabulaire des masses, son savoir, ses connaissances, et on remplit le vide par la haine de l’autre, la peur, la violence, et les instincts les plus rudimentaires et grossiers. Les poncifs éculés, les banalités, les idées les plus indigentes fleurissent comme si elles étaient de brillants concepts et sont développés à longueur d’émissions vomitives, tant dans la platitude des propos que dans la violence à les asséner comme vérités premières.

La bêtise, les bas instincts dont toute pensée nous incite à nous méfier depuis la nuit de l’humanité progressent à grands pas. L’intelligence, la réflexion, la finesse sont moquées. La rigolade la plus vile, souvent aux dépends des faibles, des marginaux, de ceux qui s’émancipent des « règles » se répand comme une moisissure sur les réseaux et dans les médias. La parole est donné à des imbéciles suffisants. Les émissions « qui donnent mal à la tête », ou qui sont juste à la lisière du politiquement correct, disparaissent et sont remplacées par des zoos humains, où de pauvres pantins désarticulés donnent à voir le vide sidéral de leur conscience de soi…

On est mal barrés…

Je ne comprends pas que ces personnes qui avalent jour après jour leur dose quotidienne de lessive de cerveau ne soient pas conscientes de la manipulation dont elles font l’objet.
Le lavage de cerveau qu’elles subissent les confortent dans leur haine du différent, et donnent un sens et une solution aux peurs que les médias de masse insufflent chaque jour plus profondément dans des esprits déjà craintifs, et prêts à la haine. Ils sont comme endormis dans les vomissures et la crasse de l’amertume et de la rage impuissante. On les endort chaque jour davantage avec le soporifique du bouc émissaire et on les aveugle sur les causes véritables de leur misère et de leur désarroi. Et eux, hypnotisés, endormis et subjugués, ils marchent dans l’obscurité vers les ténèbres.

Petite citation sur la manipulation mentale…

« La manipulation fait partie du quotidien des civilisations comme l’Occident moderne où systèmes de pouvoir, conflits d’intérêt, rapports de force, sont omniprésents.

Dans une telle civilisation, toute communication peut ainsi être une forme d’influence ou de manipulation.

La manipulation mentale induit un rapport de pouvoir qui aboutit au contrôle psychique d’une personne. Plus précisément, c’est « la modification de l’état mental d’un individu par un autre dans le dessein de lui faire faire quelque chose ». Ce qui peut se résumer en un « consentement fabriqué ».

La propagande ou la publicité cherchent à mobiliser le comportement des masses à court terme, en utilisant parfois des moyens irrationnels. La désinformation est considérée, selon son utilisation, comme une arme de guerre ; elle est cependant utilisée comme la propagande pour manipuler l’opinion publique.

La désinformation est « probablement une des manipulations les plus difficiles à déceler et à identifier », c’est un des principaux points faibles de la société de l’information. »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est wikipedia…

Il n’est pas difficile d’échapper à ce rinçage journalier. Il suffit d’éteindre la télé. Une fois le cerveau débarrassé des scories et du prêt-à-haïr instillé par les médias, il sera possible de lire. Lire libère. Les mots « livre » et « libre » ont pour origine le mot latin liber, qui veut dire « partie vivante de l’écorce » (n’est-ce pas magnifique ?).
Et de penser.
De laisser aussi s’exprimer le cœur. Comment être libre quand on désire le malheur d’autrui. Mené par la haine et de méprisables pulsions comme l’envie, la mesquinerie, la petitesse, la jalousie, comment être heureux ?

Meli-Melo Movie


SPOILER ALERT. Cet article dévoile des péripéties et des éléments du drama Melo Movie.
Si vous n’aimez pas qu’on déflore votre futur visionnage, ne lisez pas cet article !
SPOILER ALERT 2. J’ai pas trop aimé… Si ça vous agace, ne lisez pas non plus !


Je viens de finir de regarder « Comme Un Film » sur Netflix. Melo Movie, de son nom en anglais.
Comme d’habitude, j’en attendais beaucoup, et comme souvent ces derniers temps, mon espoir a été déçu.
Cette histoire d’une simplicité déconcertante est délayée jusqu’au jus de vaisselle pour tenir les 10 épisodes prévus. Comme un des personnages est critique de cinéma à la dent dure, il ne m’en voudra pas de suivre son exemple.
Le contexte, pour commencer. Il s’agit de parler de cinéma, et de cinéma, on ne parle pas du tout. L’essentiel des dissertations intérieures aussi  longues et poussives que plates que banales, portent pour l’essentiel sur les relations romantiques, les souvenirs, l’affection de papa-maman.
Les seuls questionnements qui ont un sens sont les réflexions d’un jeune frère qui se demande qui était son hyung, son grand frère, à la mort de celui-ci.
Du cinéma, on ne parle pas. Ni comme cinéphile ni comme technicien. Lee Na-eun, la scénariste, aurait pu utiliser son scénario comme canevas pour évoquer, épisode par épisode, soit un film du patrimoine mondial, soit un aspect technique de la fabrication d’un film : scénario, décors, costumes, tournage, réalisation.
Là, rien. Vide abyssal. Même lorsqu’on voit les personnages au travail, on nous offre soit une caricature, comme celle du réalisateur excédé, soit un vague travail sur le scénario dont on n’apprend rien. La musique originale d’un film ? Bof ! Une chansonnette… De la réalisation non plus, nous n’apprendrons rien.

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My dearest.

Une analyse du drama.

(Attention, cet article contient des informations sur le contenu du drama. Si vous n’aimez pas que le contenu d’un programme que vous n’avez pas vu soit dévoilé, ne lisez pas plus loin…)

J’ai fini de regarder My Dearest hier soir, après avoir longtemps attendu la traduction des deux derniers épisodes.
Du début à la dernière image, j’ai été saisie par ce drama, qui a capté mon attention, et mes émotions de semaine en semaine.
Bien sûr, comme tout le monde, j’ai compris assez vite qu’il s’agissait d’une libre adaptation du roman de Margaret Mitchell « Gone with the wind », avec l’insupportable Miss Scarlett, Melanie, Ashley, et Namgoong Min endossant le rôle de Rhett Butler. J’avoue que, dans le premier épisode, je me suis dit que je n’avais guère envie de me retaper cet indigeste histoire, mais le sourire en coin de Namgoong Min m’a incité à en voir davantage, et, je le confesse, j’ai un très grand faible pour les dramas coréens historiques, c’est-à-dire en costumes, tout comme j’adore les films « de cape et d’épée ».
Rapidement, l’histoire coréenne a fait dérailler la stricte adaptation du roman, et du film… La guerre de Sécession est devenue une invasion, ce qui immédiatement situe l’époque et définit les costumes, les habitudes, la politique et désigne le gouvernement, et le roi. Les esclaves noirs ont été remplacés par des prisonniers de guerre et des otages, ce qui n’a rien à voir avec l’aspect systémique du commerce triangulaire et tout à voir avec la brutalité de la guerre et les us et coutumes de ces pays. L’histoire s’est donc vite échappée de son modèle pour, finalement, ne plus à voir grand chose avec le contexte du roman, ni avec les personnages bien connus.

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Rue de l’Exil.

L’appartement que nous avons occupé pendant une vingtaine d’année à Lisbonne, rua Nova do Desterro, rue Nouvelle de L’Exil, avait des carrelages en carreaux de ciment datant des années 30.
Sous les toits, au quatrième étage sans ascenseur d’un immeuble mal entretenu, avec le ciel qui pleut à l’intérieur, sans chauffage l’hiver, nous avons finalement dû le quitter.
Il avait vu naître mon compagnon de vie.
Lui, il détestait devoir y passer de longues semaines lorsque le travail l’appelait à Lisbonne, mais pour moi, c’était un lieu de villégiature, c’était de merveilleuses vacances pleines de liberté, de bruits nouveaux, d’images uniques.
Meublé de bric et de broc, un mobilier « à tout casser » comme le disait finement J., nous y avons, d’année en année, imposé de nouvelles routines qui faisaient du bien quand je les retrouvais en juillet et en août.

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Maja.

Cette photo, je l’avais épinglée au-dessus de mon bureau, à Cartoon Farm où je travaillais à l’époque. Je ne sais plus où j’avais trouvé cette carte postale, mais le photographe et son modèle jouissait d’une certaine notoriété.

Déjà, à Duperré, je préférais les modèles gros. L’harmonie de leurs courbes se répondant les unes aux autres, la tension de la chair, ou son affaissement, la grâce des rondeurs, les fesses, les seins. Nous avions surtout des modèles âgées dans cette catégorie. Des corps ayant vécu, avec des histoires dans chaque pli, émouvants et tranquilles. Le geste de la main et du fusain dans la courbe est tellement plus ample, plus large. On dirait qu’il respire.

Les modèles minces et parfaits, leur beauté tétanise. On sait qu’on ne peut sublimer ce qui est perfection. Dessiner le beau est vain.

Mais s’engloutir, se noyer dans les sinuosités, dans les traits ronds, dans les courbes, dans les volutes voluptueuses de la chair, en suivant du fusain les plis et les replis, en en sublimant le tracé, en rendant visible la beauté est vraiment un plaisir incomparable, un festin extactique. Car montrer la beauté là où d’autres ne la voit pas est le seul travail de l’artiste. L’artiste provoque par la vision et la représentation. En alchimiste, il transforme le trivial en sublime, et soulevant le voile des yeux, montre à tous la beauté.

MAJA / ©Cees van Gelderen-1980

Almoço de feriado.

Il y a des moments qu’on oublie jamais.

Ce jour-là, on touchait au but, à la fin d’un petit périple au travers de l’Espagne, comme on le fait souvent. On était arrivés à Lisbonne dans la matinée. On avait posé nos bagages et on s’était mis en quête d’un restau à l’heure do almoço (de déjeuner). On avait élu domicile entre le théâtre São Luiz et le théâtre São Carlos, en haut de la colline du Bairro Alto, non loin do Largo do Chiado, à la terrasse d’un petit café tranquille, à l’ombre de grands arbres. Comme j’en mourrai d’envie, on avait mangé quelques « salgados », des Pastéis de bacalhau, petits beignets de morue savoureux et croustillants, des croquetes de carne, croquettes de viande de bœufs rissolées, et autres croquetes de frango, petits pâtés frits au poulet… avec un délicieux et exotique guacamole, le tout arrosé d’un frais vin vert, o vinho verde que j’adore, et qui a le goût des vacances.

J’étais enfin arrivée dans ma Lisbonne aimée et je me souviens avoir ressenti cette satisfaction tranquille d’être là où je devais être, à cet exact moment. J’ai étiré mes bras au-dessus de ma tête et étendu mes jambes sous la table. Nous étions là, tous les deux, le nez au vent, les yeux ouverts, et de délicieuses sensations m’envahissaient.
Ce moment merveilleux où tout s’aligne pour former un simple instant de bonheur.