La cuisine de la rue du Rabois

Il y a des endroits qui nous sont un pays, une enfance, un moment inoubliable.
Ma cuisine de la rue du Rabois ne cassait pas trois pattes à un canard. C’était pourtant un lieu magique. Tous ceux qui l’ont connue ne l’ont pas oubliée.
On y mangeait, on y bavardait, on y recevait, on y jouait au Cluedo, on y vivait, tout simplement.
Un mur de séparation abattu avait réuni deux pièces qui formaient la cuisine. Du côté de la rivière, une petite salle à manger, après la poutre se trouvait la cuisine proprement dite, et pas aménagée, c’est le moins qu’on puisse dire! Une belle installation faite de bric et de broc…


Je passais le plus clair de mon temps quand j’étais « en bas » assise à cette table ovale. J’y regardais passer la rivière de diamants, dans le fracas de l’écluse. Elle bénéficiait d’une vue merveilleuse sur l’eau et les jardins potagers de l’autre rive. Au loin s’éloignaient les douillettes collines d’un vert tendre ou bleuté.
J’y écrivais mes « épitres » comme disait mon amoureux. Je n’ai jamais été aussi prolixe en mots et phrases que lorsque je me projetais en imagination par la fenêtre et le délicieux paysage… Il y a des endroits inspirants.
Les matins d’hiver, je voyais flotter sur la rivière de longues écharpes de brume qui ressemblaient à des chants mélancoliques. L’été, elle était griffée du vol précipité des hirondelles. Leurs petits cris restaient après elles. Le martin pêcheur pensif cherchait son vol puis partait comme un trait bleu. Tout était beau.
La fenêtre de la cuisine, c’était un pont sur la vie. Elle m’a consolée et montrée qu’on pouvait vivre. Que peu de choses suffisent à notre bonheur. C’était une fenêtre tao…
La cuisine, c’était le foyer tout entier qui tenait dans quelques mètres carré. Un foyer de guingois, avec un plancher disjoint et de vieilles poutres. Un foyer semblable à nous.
La table pouvait accueillir quatre personnes, mais elle était généreuse et quand chacun apportait une chaise de la salle à manger, on pouvait y tenir à douze. Ça rigolait pas mal.
Cette cuisine, elle existe dans le passé, maintenant, et dans les souvenirs.
J’y pense de temps en temps avec quelques regrets. Dommage qu’on ne puisse trimballer avec nous, dans des valises, les lieux qu’on a aimé.

Pour ceux qui ont connu ce petit coin de paradis, la cuisine au bord de la rivière, avec son petit papier peint, et les carrés de lumière. 9 m2 de bonheur…

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