Pourquoi j’illustre?

Lorsque je dessine et que je peins, que fais-je d’autre qu’illustrer ? Illustrer une idée, une vision, un élan intérieur, une émotion, qui sans l’aide de mes crayons et de ma plume, resteraient dans l’état invisible de leur naissance en tant qu’idée.

Car, pour moi, illustrer commence par conceptualiser, puis par montrer, pour projeter dans un espace imaginaire.

Et « imaginaire » est le maître mot. Car c’est dans l’imagination, les souvenirs, la candeur de l’enfance que je vais puiser pour créer mes illustrations, en espérant qu’elles rencontreront cet éblouissement enfantin chez mes lecteurs.

Lorsque j’illustre, je dialogue avec l’enfant en moi, drôle, enthousiaste et curieuse, pleine d’entrain et ignorante, pour qui le monde est une fantaisie qui oscille entre le beau, le magique, le terrifiant et le grotesque. Une enfant que je regarde avec tendresse et humour, parce que je sais ce qu’elle va devenir… C’est mon alliée dans mon travail, mon assistante invisible. C’est elle qui me dit quand je me fourvoie, quand c’est moche, quand c’est à côté de la plaque, quand on ne comprend rien à ce que j’ai voulu faire. Cette moi intime, je ne la rencontre que quand j’illustre.
Quand je peins, elle disparaît. Elle ne connaît rien à la peinture. Elle ne connaît que l’image qui va avec le texte, comme quand elle lit les lourds albums de contes posés sur les couvertures entre ses genoux écorchés. Elle a la tête farcie d’images. Les illustrations de son livre de lecture tellement belles et démodées, mais aussi le lucane dans l’herbe, le vers luisant, les nuages, le poisson qui apparaît dans la vague qui se lève, les ombres longues le soir, les mains de sa mère qui pâtissent, les cabanes fabriquées par son père, le train de nuit et ses gares qui filent, l’écureuil qui traverse la route suivie de son panache roux, le martin-pêcheur qui attend sur la berge et part comme un trait bleu vif, les yeux jaunes du chien. Elle me souffle toutes ces images à l’oreille, et je l’écoute.

C’est cette « enfant-en-moi » qui a le désir profond de communiquer avec les personnes qui regardent mes dessins, au travers du prisme de leur propre enfance et de leurs propres émerveillements.

Partir de rien, du silence du papier blanc, et créer un monde que je suis la seule à maîtriser, avec ses acteurs que moi seule connais, ses maisons, ses chambres, ses petites bêtes, ses détours, ses paysages est un ineffable plaisir, mais être surprise des rencontres inattendues que j’y fais, du petit peuple qui surgit et s’impose, laisser venir les paysages, les décors et les êtres, et les découvrir en même temps que je les dessine, comme si, dans une existence parallèle, ils n’attendaient que mon crayon ou ma plume pour venir vivre dans mes dessins et mes peintures est véritablement un enchantement.

Illustrer, c’est enchanter.

Argenton-sur-Creuse, le 16 juin 2017

©Marie-Anne Bonneterre. Tous droits réservés.



2 réflexions sur « Pourquoi j’illustre? »

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