L’étudiant.

Un petit exercice littéraire. (Écrire un court texte contenant les cinq mots suivants : Sentiment, écrire, crépuscule, bien-être, étudiant)

L’étudiant avait le sentiment qu’écrire au crépuscule lui procurait un bien-être incomparable. Il rentrait vite de la fac, faisait toutes les petites courses nécessaires à la soirée et montait dans sa chambrette-cuisine-salon en quelques bonds de ses longues jambes élastiques. Toute la journée, il avait pensé à cet instant de solitude. Il avait anticipé les gestes simples… L’eau qui chauffe dans la bouilloire pour le thé, les feuilles alignées bien proprement sur le bureau, les stylos d’encre noire au garde-à-vous sur la droite du paquet de feuilles.

Il faisait presque nuit. L’étudiant allumait la lampe d’architecte vert pomme. Il aimait bien cet éclairage intime. C’était un pré de lumière jaune dans la nuit du monde.

Il tirait sa chaise, dérangeant la chatte qui dormait sur le coussin et s’asseyait. Il restait là, les mains jointes, le regard perdu, cherchant dans l’inaccessible espace des mots celui qu’il tracerait en premier. Tout en découlerait. La phrase s’étirerait d’elle-même sur le papier. C’était le plus dur. Dans « La peste » de Camus, il y a un type qui réécrit continuellement le début de son roman et qui n’arrive jamais à dépasser ce stade critique. Finalement, il meurt de la peste.

L’étudiant écrivait décidément une première phrase. Sa plume volait. Il noircissait la page. S’arrêtant pour reprendre souffle, il étirait ses longs abatis et faisait craquer ses jointures.

Il relisait sa page, et, parfois, la froissait d’un geste lent et réfléchi et la balançait dans la corbeille.

S’il était satisfait, la page allait rejoindre le tas des autres pages ayant passé le contrôle avec succès, à gauche sur l’étagère.

Et ainsi passait la vie du sage étudiant.

Un soir, seul Dieu sait pourquoi, ou Diable plutôt, il s’était levé pour dégourdir ses jambes et, sa tasse de thé à la main, il s’était approché de la lucarne (que le proprio s’obstinait à appeler fenêtre). Accoudé au mur, il regardait les toits brillant de lune. La ville descendait jusqu’à l’horizon comme un tapis de lucioles.

Entre les deux immeubles qui barraient sa vue, il apercevait les réverbères de la place et le reflet des éclairages au néon du bistrot.

Tout à coup, une lucarne identique à la sienne s’alluma, en plein milieu du toit de l’immeuble d’en face… ce que l’on appelle un « chien assis » (en l’occurrence, il devait s’agir d’un caniche nain), pour rejoindre tous les autres vers luisants qui tapissaient la nuit.

L’étudiant en fut surpris, car depuis qu’il avait loué ce studio, cette fenêtre sur le toit d’en face était restée muette, enfin aveugle, plutôt.

Il se cacha dans le recoin de la fenêtre et observa qui pouvait bien vivre là, à cinq mètres de chez lui.

Il aperçut une fine silhouette féminine.

Intrigué, il passa la soirée à espionner, puis la suivante, et encore la suivante et toutes les autres nuits de ce mois-là.

C’est ainsi que l’étudiant n’écrivit plus rien au crépuscule.

Une fenêtre dans la nuit…

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