Les dramas, pourquoi ?…

J’en avais vraiment marre des commissariats et des flics qu’ils soient d’ici, ou ailleurs, dans les séries françaises nulles et dans les anglo-saxonnes, exception faite des britanniques. Des flics, ou des avocats, ou des procureurs, du FBI, de la CIA, et des histoires de famille, les grands-pères, les petits enfants, les maris, les femmes, et pas d’amants, rien de plus chaste que les séries « famille », des psychopathes, des truands, des violents, des dingues, pas la moindre émotion, sinon la peur, pas le moindre sentiment, sinon les plus vils…

Esthétiquement, j’en pouvais plus de la glorification du sweat serpillière, du pantalon informe et de la barbe de trois jour, du dessous de pont immonde, de l’abord de bretelle d’autoroute, de la casse mille fois vue, du bar à la noix, de l’appart de flic sinistre et sans âme, de l’open space de la police, du capitaine noir, parce tous les capitaines sont noirs, askip, de la scène de Q toujours la même, et pour les sentiments, tu repasseras, avec toujours les mêmes qui se déloquent dans l’entrée, la scène du brossage de dents, et du pipi dans la cuvette.

Un programme d’une insupportable uniformité, et comme dit Antoine Houdar de La Motte, L’ennui naquit un jour de l’uniformité…

Alors, j’ai changé ma longue-vue de place, et j’ai regardé à l’est, ça fait quatre ans, maintenant. Bien sûr, au début, la fascination est née de la découverte d’une culture, d’un pays, des habitudes des gens, de leur beauté particulière, de leurs beuveries, de leurs nouilles, de leur kimchi, des paysages magnifiques, de l’Histoire avec un grand H, de leur patrimoine bâti, de leurs grands hommes et femmes d’importance (très très rares, c’est sûr, mais on n’a rien à leur reprocher… on est pareil, ici !). Immédiatement, j’ai aussi été touchée en plein cœur par leur sentimentalité. C’était tellement bon ! Plutôt que de les voir se jeter dessus comme des bêtes, on prenait le temps de voir naître leurs sentiments, leurs désirs. Comme ça m’a fait du bien, c’est pas croyable ! Je me suis rendue compte que j’étais abreuvée d’une vision viriliste et masculine du monde depuis mon enfance, et « L’Homme à la Carabine ». L’homme propriétaire du monde, et imposant ses normes, jusque dans le cœur des artichauts, des films, des séries.

Les dramas coréens sont écrits par des femmes, majoritairement. Même les thrillers et les histoires de psychopathes. Bon, on va pas prouver aujourd’hui que les femmes savent écrire, et que les meilleurs romans policiers leur sont dus. Mais ça changeait le paradigme (selon l’expression du 21e siècle).

Du fait de cette grande présence des femmes, les sentiments sont explorés et pris en compte, même dans les séries criminelles.

Ce n’est pas, bien sûr, la seule différence avec les séries occidentales.

Comme je le disais plus haut : ras-le-bol de la police et de la justice dans les séries. Les autrices de dramas coréens sont extraordinairement créatives. Ils se passent dans des milieux très différents, nous permettant de nous immerger dans la culture de ce pays. On y voit des gens travailler, des métiers, les difficultés de la vie, les relations difficiles entre les humains, les problèmes de fric, le bus, le métro, on y voit les gens vivre…

Depuis que je regarde des dramas, j’ai vu :

▪ Un jeune homme prof de taekwondo enquêter sur la mort de son neveu dans un crash d’avion.

▪ Une femme peintre du début du 16e siècle.

▪ Deux séries avec des illustrateurs et auteur comme personnages principaux.

▪ Deux dramas à propos de la prise de la Corée par les japonais.

▪ Plusieurs sur la création de la dynastie Joseon, avec le farouche prince Yi Bang-won.

▪ Un prince balafré, blessé et abandonné qui devient un grand roi.

▪ La création du Hangeul par le roi Sejong.

▪ Un chef dans un resto de pâtes, et un qui manie le wok comme une baguette magique, un femme qui fait la cuisine et des gâteaux au chocolat bien qu’elle ait perdu le goût.

▪ Deux séries sur des personnages de la culture ancestrale, les Renards à neuf queues, sexy et magnifiques.

▪ Un jeune homme qui sous-loue une chambre à une jeune fille dont l’animal fétiche est un escargot.

▪ Une fille qui devient quelqu’un d’autre une fois par mois, et qui tombe sur un homme qui ne peut pas reconnaître les visages.

▪ Trois jeunes femmes mourantes dans une institution qui accueillent les personnes en fin de vie.

▪ Un vieille femme qui perd la mémoire, magnifique drama.

▪ Une escrimeuse.

▪ Un homme à tout faire, et une dentiste, au bord de la mer.

▪ Un jeune inspecteur qui devient le premier profiler coréen.

▪ Trois familles dans un quartier, fin des années 80. Une des plus belles et émouvantes séries que j’ai vu.

▪ Un famille qui tient une pension à l’aube des années 2000.

▪ Une femme de quarante ans qui tombe amoureuse d’un jeune pianiste prodige de 20 ans.

▪ Des hommes dans une prison.

▪ Une sirène en quête de son amoureux.

▪ Un extra-terrestre qui trouve l’amour avant de rejoindre sa planète.

▪ Un procureur a qui il manque un morceau de cerveau, ce qui le rend incorruptible.

▪ Une jeune fille haltérophile.

▪ Un prince de la dynastie Joseon venu enquêter sur le meurtre de son épouse, dans le futur, et ses compagnons, qui habitent tous les quatre sur un toit, dans l’appartement d’une jeune femme qui doit les éduquer à la vie moderne.

▪ Une femme qui élève seule son enfant et tient un bar dans une ville balnéaire, et son amoureux, flic local.

▪ Deux jeunes hommes, amis, guerriers, qui se retrouvent fatalement ennemis, dans deux camps politiquement opposés.

▪ Un jeune homme qui trouve refuge et se travestit pour vivre dans un village réservé aux femmes.

▪ Un chirurgien exceptionnel exilé dans l’hôpital d’un trou perdu.

▪ Un médecin acupuncteur de l’époque Joseon dans la Seoul du XXIe siècle.

Et ce ne sont que quelques exemples…

Mais ça explique pourquoi il est très difficile de se lasser.

Et encore, je ne parle que des histoires. Je ne dis pas que j’ai trouvé de magnifiques dialogues, avec de la pensée, des idées, une spiritualité, parfois, et des perles de répliques inoubliables.

Je ne dis pas non plus à quel point les images sont belles et soignées, magnifiquement éclairées, ce qui fait du bien à mon œil d’esthète. J’oublie de dire qu’en plus d’être tous beaux, nets et élégants, les acteurs et actrices sont tous excellents, quelque soit leur âge, et il y a beaucoup d’acteurs et d’actrices âgées, merveilleux, habités, sans qui les dramas ne seraient pas ce qu’ils sont. Les dramas ne décrivent pas uniquement la vie des trentenaires, comme en France, par exemple. Il y a tous les âges, dans les dramas. Du petit enfant à la vieille grand-mère, au grand-père chaebol irritable, à la maman douce, à la belle-mère abusive… Et jamais je n’ai vu un mauvais acteur, dans un drama. Même les enfants sont remarquables.

Goblin: The Lonely and Great God. 2016.

2 réflexions sur « Les dramas, pourquoi ?… »

  1. Merci Marie-Anne pour ce ressenti très juste et qui fait qu’aujourd’hui je ne regarde rien d’autres. Je devine les titres à travers tes phrases mais certaines sont encore à déchiffrer, ne les aurais je pas tous vus !! Hier j’ai fini Secret Love Affair et j’ai rechercher un morceau de Billy Joël magnifique.. Bon dimanche . et au plaisir de te lure. Véronique

    Aimé par 1 personne

  2. Secret Love Affair demeure mon drama préféré entre tous, avec Moon Lovers, bien sûr.
    Le titre de Billy Joel, c’est « The Piano Man »… Quel merveilleux moment, cet épisode amoureux. Ce drama est tellement beau et plein d’enseignement. Je l’adore.
    Oui, ma liste est un quizz, apparemment. Je ne m’en étais pas rendue compte !
    Bon dimanche, et tous les autres dramas-jours ! 🙂

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