Vagabonder.

Il est temps de revenir en moi. De parcourir les territoires immenses et libres de la création, qui s’affranchissent de tout dogme, et de tout préjugé, libre de toute habitude. Qui refuse de se conformer, de s’adapter, de se soumettre à une autre logique que la sienne, qui ne sait prétendre et qui ne peut feindre.
Des territoires inexplorés, uniques parce que ce sont les miens, et que je dois découvrir seule, sans empressement, avec lenteur et gravité. L’inconnue qui est en moi, qui est si vaste, si mystérieuse. Des territoires construits de bric et de broc, avec mes souvenirs, mes blessures, les images aperçues, les parfums de l’enfance, les larmes et la joie.
Qu’est-ce que mon âme a construit avec tout ce fouillis de choses disparates ?
Ce paysage intime bâti au fil du temps dans le secret de mon cœur ébloui, à quoi ressemble-t-il ?

Je suis à l’orée de mes yeux, mais je ne sais si je dois regarder dehors ou dedans. Dehors est la source de tout. Dedans fermentent toutes les haleines, tout ce qui inspire et qui respire. Pour le moment, j’ai surtout créé avec le dehors, avec ce qui me remplissait, d’images, de désirs, de flamme. Finalement, ce que j’ai assemblé forme de rudes concrétions qui finissent par cacher l’objet qu’elles recouvrent, et en masquer la beauté. Je me suis asséchée dans la quête perpétuelle d’une beauté située à l’extérieur, dehors, loin. La beauté, c’est ma vision. Ce n’est pas la beauté belle, c’est la beauté vraie. La mienne, la seule.
Dans mon monde intérieur, où s’est réfugiée la beauté, ne règne que le silence.
Parfois dérangé par le murmure du vent dans les branches, par le chant des rossignols fusant des buissons de la falaise, par les grillons qui ornent le calme de la nuit.
Quel est le mystère enfoui dans l’ombre ou aveuglé de lumière, caché dans les replis de mon âme endormie ?
À quoi ressemble-t-il, ce paysage qui n’est qu’à moi, et dont je suis la seule exploratrice ?
À de vastes collines longues, bleuissant vers l’infini, parfois au décor d’un théâtre, étayé de sapines, à une maison seulement bâtie de solives, de poutrelles et de linteaux, ouverte à tous les vents, à une citadelle posée sur les nuages, à une mer tourmentée de ressacs, à la pluie tombant sur la flaque. À un chemin dans le désert.
Avec les yeux clos, je bourlingue à l’intérieur, les mains devant et les cheveux au vent, comme une aveugle. Pour avancer dans ce pays qui est mon domaine et mon foyer, je dois laisser les furies, les éclats du dehors, les stériles clabaudages de notre commune humanité pour accepter le silence en moi, le nu en moi, le vide en moi…

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