Beauté du minuscule

Il y a foule de moineaux au bar à graines de la terrasse…
De temps à autres, une timide mésange vole à leur barbe un petit grain de millet et s’enfuit. Bientôt la colombe qui les observe du haut de l’antenne les délogera pour picorer sa part.
Le matin, je les vois perchés sur les cheminées et les toits des alentours. Ils attendent leur pitance en piaillant, on dirait qu’ils réclament leur dû.
Ils se réunissent en bavardant dans leur langue d’oiseaux, se regardent du coin de l’œil, se secouent et ébouriffent leurs plumes minuscules qu’ils rangent prestement pour reprendre leur jolie forme dodue.
Ils s’enfuient à bonne distance dès que j’entre avec ma poignée de graines, m’observant l’air de rien de leur œil noir, la tête mobile.
Ils fouillent sans soin dans les graines, faisant voler les plus légères, car ces messieurs-dames ont leur graines favorites. Dès qu’ils saisissent une belle graine de tournesol bien grasse, ils volent et se posent plus loin, heureux de leur trouvaille. Ils se chamaillent à grand bruit pour un butin de rien, picotent en sautillant les graines tombées à terre, recrachent avec dédain les coques et les graines qui leur déplaisent, mouchetant la terrasse de débris, puis, une fois éparpillée la pile de graines que j’ai posée sur la rambarde, ils s’envolent tous ensemble dans un froissement de soie, s’interpellant en cris aigus, joyeux et libres.

Photo de Harry Tucker

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