Le corps indésirable. (suite).

Nora lui caresse le front, et glisse ses doigts dans les boucles soyeuses du jeune homme. Elle le regarde toujours comme si elle avait trouvé un merveilleux bijou… Mais Sami sait bien, lui, qui a trouvé un trésor. Ce jour-là, le jour du baiser sur la main et des larmes, c’est le jour où il est arrivé sur terre. Jusque là, il avait plus ou moins vécu en enfer. Quand Nora l’a trouvé, quand elle l’a déterré, et amené au jour, son cœur s’est ouvert comme une noix et a laissé entrer la lumière. Il était toujours gros, c’était toujours la galère, mais la main de Nora dans la sienne le rendait léger comme un ballon de baudruche.

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Le corps indésirable.

Les pales du ventilateur hachent l’air déjà étouffant de cette aube caniculaire. Il fait chaud tous les jours, ici. Tchac, tchac, tchac… Le ventilateur envoie un peu d’air frais vers le lit où dorment encore Sami et son amoureuse. La brise emporte et fait danser les voilages des fenêtres ouvertes. Vers le dedans, ils flottent comme des fantômes saccadés, agités de soubresauts, puis, avalés par les deux fenêtres, ils s’en vont flâner dehors, à peine retenus par les circonvolutions de fer forgé de la balustrade qui ferme les balcons. Dehors, au-delà, la ville déroule ses rues poussiéreuses, ses façades blanches, les fenêtres qui ressemblent à des regards noirs et vides. Au loin, dans l’air vibrant, le pont, le port, et les appels langoureux des cornes des bateaux qui le quittent, menés par le bout du nez par de minuscules bateaux-pilotes. Le brouhaha de la ville, étouffé par la distance, est un bourdonnement familier. On entend les cliquetis des boutiques au rez-de-chaussée qui ouvrent leurs rideaux de fer, et le chant des oiseaux perchés dans le néflier rebelle qui a poussé sans autorisation entre les pavés de la rue.

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