Le corps indésirable. (suite).

Nora lui caresse le front, et glisse ses doigts dans les boucles soyeuses du jeune homme. Elle le regarde toujours comme si elle avait trouvé un merveilleux bijou… Mais Sami sait bien, lui, qui a trouvé un trésor. Ce jour-là, le jour du baiser sur la main et des larmes, c’est le jour où il est arrivé sur terre. Jusque là, il avait plus ou moins vécu en enfer. Quand Nora l’a trouvé, quand elle l’a déterré, et amené au jour, son cœur s’est ouvert comme une noix et a laissé entrer la lumière. Il était toujours gros, c’était toujours la galère, mais la main de Nora dans la sienne le rendait léger comme un ballon de baudruche.

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Le corps indésirable.

Les pales du ventilateur hachent l’air déjà étouffant de cette aube caniculaire. Il fait chaud tous les jours, ici. Tchac, tchac, tchac… Le ventilateur envoie un peu d’air frais vers le lit où dorment encore Sami et son amoureuse. La brise emporte et fait danser les voilages des fenêtres ouvertes. Vers le dedans, ils flottent comme des fantômes saccadés, agités de soubresauts, puis, avalés par les deux fenêtres, ils s’en vont flâner dehors, à peine retenus par les circonvolutions de fer forgé de la balustrade qui ferme les balcons. Dehors, au-delà, la ville déroule ses rues poussiéreuses, ses façades blanches, les fenêtres qui ressemblent à des regards noirs et vides. Au loin, dans l’air vibrant, le pont, le port, et les appels langoureux des cornes des bateaux qui le quittent, menés par le bout du nez par de minuscules bateaux-pilotes. Le brouhaha de la ville, étouffé par la distance, est un bourdonnement familier. On entend les cliquetis des boutiques au rez-de-chaussée qui ouvrent leurs rideaux de fer, et le chant des oiseaux perchés dans le néflier rebelle qui a poussé sans autorisation entre les pavés de la rue.

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Avant qu’il ne soit trop tard…

Avant qu’il ne soit trop tard,
je voudrais encore poser ma tête sur ton ventre doux.
je voudrais appuyer mon épaule à la tienne. Je voudrais lire tes pensées dans tes yeux profonds.

Avant qu’il ne soit trop tard,
je veux encore sentir ton souffle sur ma nuque. Je veux encore ton étreinte et le chagrin de nos corps délacés. Je veux la houle et l’écume. La tempête qui m’emporte et les clapotis de nos mots tendres.
Quand nous serons séparés, où seront-ils ?

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Diego.

J’ai eu un ami. Le plus fidèle des amis. Où que j’aille, quoi que je fasse, quoi que je dise, mon ami était près de moi, d’accord avec moi, heureux avec moi.

Cet ami était un chien.

Diego.

Mathilde l’avait trouvé errant.
La semaine précédente, j’avais dit « Quand je rentre de Paris, mercredi, nous irons à la SPA chercher un chien ». Le chien qu’elle attendait depuis longtemps. Et ce jour-là, dans la cour du collège se trouvait un chien brun et touffu aux yeux jaunes. Le chien s’est retrouvé dans la voiture de ma mère, qui gardait la petite, puis dans son salon… Mathilde m’avait prévenu, l’air réjoui. « Il y a une surprise à la maison ! ». « Une surprise avec des poils ? » j’ai demandé.

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Antoinette

La vie a quitté ma grand-mère dans sa 101e année, à l’aube de son anniversaire, un jour d’octobre merveilleux, plein de soleil pour rendre hommage à sa lumière. Cette force tranquille était devenue une feuille fragile qu’un souffle effritait. Mais pendant cent ans, ma grand-mère, Antoinette, a vécu. 

Vivre. Ce verbe, elle l’a vraiment fait sien. Hélas, on oublie de poser des questions et celles-ci se bousculent aujourd’hui… Mamie, je ne sais pas tous les détails de ta vie, est-ce que tu avais cette même joie d’exister, envers et contre tout, quand tu étais enfant ?

J’ai mis très longtemps à comprendre à quel point ma grand-mère avait été une source de chaleur et un réconfort dans ma vie d’enfant. Plus j’avance en âge, plus je me rends compte combien son soleil a éclairé ma vie. L’appel de la vie immédiate et le désir de liberté peuvent faire d’une femme une mère approximative, mais une formidable grand-mère. Pour ma part, ma grand-mère a étendu un manteau de joie et de fantaisie sur ma vie, et a éclairé d’une grande lumière les recoins sombres et désespérants.

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Dans l’eau du temps…

L’amour ! l’amour…

Les baisers, les caresses, les câlins, les enlacements, les doigts dans les cheveux, la peau chaude, les draps froissés, les mains mêlées, les murmures, les regards, l’attente, le souffle, la nuit, ta nuque, ton dos qui frissonne, ton ventre doux, tes bras puissants, la tendresse de ta main qui se mêle à la mienne, l’harmonie de nos gestes, tes yeux entrouverts qui laissent passer l’éclat noir de tes prunelles, ton front humide, mon corps qui se laisse prendre…

Tout passera et deviendra hier…

Henri de Toulouse-Lautrec, Dans le lit, le baiser (entre 1892 et 1893).