Les gens.

Il y a des jours où je ne les aime pas, les gens. Ils font du bruit, ils te bousculent, ils vont et viennent et passent indifférents.

Il y a des jours où je les aime, les gens…
Je vois la vie qui les anime, parce que je sais que ce ne sera pas toujours comme ça. Ils me paraissent chauds, touchants, fragiles. Ces jours-là, je ne sais pas pourquoi, le soleil éclaire leurs prunelles et en révèle la transparence et la clarté. Il pénètre plus profondément qu’à l’ordinaire.
Ces jours-là où j’aime les gens, tous les gens, je vois leurs gestes comme des envols suspendus, inachevés.

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Nuages…

Rien n’est plus beau, ni plus magique, ni plus étonnant que le tableau toujours réinventé  des nuages.
Jeu mouvant de ouate où l’on devine un ours, un chien qui aboie ou un ange.
Parfois, on les croirait posés sur une feuille de cristal, leurs bords sombres annonciateurs de pluie ; parfois, voyageurs, ils filent dans l’azur, pressés d’arriver au bout du monde.
Leur matière métamorphique se dilue dans l’éther et s’évanouit.
Dans un ciel bleu uni, un tout petit nuage, perdu, cherche des compagnons de route. On détourne le regard une seconde… On le cherche. Il a disparu.
Drapeaux de pluie annoncée, ils cachent un moment le soleil. Dans leur ombre plus fraîche, on frissonne.
Leur image éphémère qui passe, qui passe.
Toujours le même ciel, jamais les mêmes nuages, pareils à l’eau dont ils naissent.
Sombres, ils amassent leur colère à l’horizon. Ils se fissurent et se zèbrent. Ils couvent le vent et le lâchent, et le vent s’amuse avec eux, les pousse, les disperse.
Ils grondent. Ils bruissent. Ils s’enveloppent de feuilles, dégringolent en rubans de pluie grises, et, soudain, ils s’entrouvrent pour que le soleil glisse un rayon par cette fente mince.
Gloires mystiques qui balaient d’un pinceau lumineux les plaines sombres.
Irréelles collines de crème fouettées, loin à l’horizon, sur la mer.
Planète bleue drapée de voiles blancs, maquillés de rose sur un ciel de paille où naît l’étoile fragile du berger.
Et, passant devant la lune comme un mouchoir de fine étoffe, ils continuent leur route éternelle et tranquille.

Isaac Levitan. Le soir sur la Volga (détail). 1888.

Moment…

Il fait beau, mais frais, un agréable fraîcheur matinale. Les boutiques ouvertes charrient la petite foule des clients du matin, des jeunes dames fouillent dans les portants soldés, j’écoute de loin les conversations des chalands, les maris qui interpellent des amis, la maman qui dit « ton râteau, on l’a laissé à la maison ! »
Le soleil peint avec de la beauté.

Hier, aujourd’hui, demain.

Demain, c’est un autre pays. Un pays neuf, un continent de découvertes, une nation virginale, la lumière, le silence, la cécité. Demain, c’est la soif et la faim, mais aussi le pain et l’eau. Demain, c’est l’efflorescence. Demain est à naître.

Aujourd’hui, c’est la route. C’est le fanal et la terre. C’est le phare, c’est la plaine bleue, immense, froide, et vivante de vies brèves. Une mer chaste et féconde. C’est la route sèche.
Aujourd’hui est le germe, la semence de demain.

Hier, c’était la maison, le lit, les chaînes. C’était l’attente.
Hier, c’était le sillon. C’était la force qui bâtit, c’était l’aveugle qui ignore où il va.
Hier, c’était aujourd’hui, et c’était demain.



A felicidade 

A felicidade no gosto das coisas mais simples, na busca da beleza, a que cresce, a que voa, a que canta, a que é perfumada, a felicidade na força que carrega os ramos dos plátanos como braços de titãs, a felicidade na alegria da Primavera, a felicidade na beleza que se ignora, a felicidade no sono do Inverno e nas fúrias de Novembro. A felicidade na corça na borda da floresta, na raposa que caminha calmamente no prado ao amanhecer, no voo furtivo da coruja desta noite. A felicidade na lua renovada, no tecido das estrelas, no azul do céu infinito. A felicidade no pão, frutas, mel. A felicidade no que vive, no que respira, no folgo marino das baleias, no seu canto melancólico. A felicidade na água do riacho que enche a palma da minha mão, e na chuva que lava tudo. A felicidade na melodia de um rouxinol que chama a sua noiva, no hálito do javali que se escapou, na vida.

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Le bonheur.

Le bonheur dans le goût des choses les plus simples, dans la recherche de la beauté, celle qui pousse, celle qui vole, celle qui chante, celle qui est parfumée, le bonheur dans la force qui porte les branches des platanes comme des bras de titans, le bonheur dans la folle joie du printemps, le bonheur dans la beauté qui s’ignore, le bonheur dans le sommeil de l’hiver et les furies de novembre. Le bonheur dans la biche à l’orée du bois, dans le renard marchant sans bruit dans le pré à l’aube, dans le vol furtif de la chouette, cette nuit. Le bonheur dans la lune renouvelée, dans le tissu des étoiles, dans le bleu de l’azur sans fin. Le bonheur dans le pain, les fruits, le miel. Le bonheur dans ce qui vit, ce qui respire, dans le souffle ultramarin des baleines, et dans leur chant mélancolique. Le bonheur dans l’eau du ruisseau qui emplit ma paume, et dans la pluie qui lave tout. Le bonheur dans la mélodie d’un rossignol qui appelle sa belle, dans l’haleine du sanglier qui s’est échappé, dans la vie.

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