Quelques mots…

Des mots que j’aime :
chagrin, qui a des larmes quand on le dit,
misère, perçant comme un vent glacial,
baliverne, qui bondit et cabriole,
pastorale, doux comme un troupeau d’agneaux,
écoute, quand on laisse longtemps durer le son « ou »,
frisson, qui fait des vagues et donne la chair de poule,
élan, qui va vite, mais qui ralentit sur la fin,
flamme, en faisant sonner les deux « m », et en fermant la bouche pour éteindre le son,
parole, qui s’envole,
godillot, qu’on entend trainer sur la route…
Quiétude, ne pas oublier de prononcer qui-é-tude,
imbécile, en appuyant sur le bé, et en ralentissant sur le i, ça fait toujours son effet.
Patience et constance, rien que de les prononcer, on a envie d’être patient, et constant.
Écrit, j’entends le bruit de la plume qui crisse sur le papier,
souffle, et la brise est là,
patenôtre, on y entend des prières anciennes.
pluie, quand on le prononce lentement en détachant « plu » et « ie »,
glace, rien que ce mot, et il fait froid.
Ami, qui commence ouvert et sonore et finit en caresse…

Les mots sont si beaux…

Départ

Je ne comprenais pas le jeu de mots, mais j’aimais bien Gai-Luron, le chien neurasthénique, et Belle-Lurette sa fiancée, et surtout l’acheter en format carré « de poche » avant de prendre le train pour les grandes grandes vacances, Gare de Lyon, départ pour Avignon, 7h30 de tchoutoun tchoutoun taada taada… taada taada, avec les porte-chapeaux en grille de fer, les images de notre pays en noir et blanc dans leur cadre, les petits napperons blancs derrière les têtes des « premières », les rideaux de velours rouge, les fenêtres qui s’ouvraient, les « pourriez-vous fermer la fenêtre, j’ai froid ? » alors qu’il fait 40° dans le compartiment, des éternels frileux, le service restaurant, son préposé à clochette qui passait dans le couloir : « premier service, premier service… Et nous, en tongs et en short de couleur, les pieds sur le siège, avec notre « poche »… 2 mois et demi de liberté, les cahiers de vacances dont nous ne faisions laborieusement que les trois premières pages, mais qu’on insistait pour avoir, les baignades dans le froid Gardon, les excursions à la mer, direction Salins de Giraud, arrêt à Arles pour acheter les MEILLEURES merguez, la pêche aux tellines qu’on grillait sur le barbecue de fortune, avec juste leur sel naturel, les nuits enchantées de grillons, les belles de nuit qui s’ouvrait au soir et donnaient le départ pour le « passage » à la douche, les soirées de rien. Jamais nous ne regardions la télé… On n’y pensait même pas. Par contre, on lisait et on relisait les bandes dessinées achetées en partant, avec quelques bagarres : Aggie, Lili la Petite Parisienne, ses cousines de Saint-Herbu, Dan et Monsieur Minet, le Mickey Parade et le Picsou Magazine, les Pif. On les retrouvait avec joie, d’une année sur l’autre, sans compter le Canard enchaîné dans les toilettes et l’almanach Vermot qui traînait dans la véranda. Les plaisirs d’une enfance sans « produits dérivés », avec des jeux dictés par notre seule imagination.

Je m’endormais bercée par le mouvement doux des ombres du platane de la cour projetées sur le plafond de notre chambre...