sans traits ni points

Pendant un certain temps, je me suis adonnée au plaisir de mettre sur ma planche de zinc bouts de papier, encre, matériaux plats et granuleux, ou de peindre directement sur la plaque métallique à grands coups de brosse. Puis, je mettais un papier humide sur l’ensemble, et passais le tout entre les langes et les rouleaux de la grande presse de l’atelier de gravure que je fréquentais. Comme on ne peut faire qu’un tirage, ce genre de « gravures non gravées » s’appelle « monotype« .
Je soulevais, le cœur battant, le papier où étaient imprimées mes fantaisies incontrôlées, pour en connaître le résultat hasardeux. Deux paramètres rendent ce travail impossible à contrôler totalement : la pression de la presse, l’écrasement des matériaux et de l’encre, et le fait que le tirage soit l’envers de la planche travaillée.
C’est toujours étonnant et émouvant de soulever délicatement la feuille avec la longue pince fine, et de déposer le tirage sur son lit de papier, pour le laisser sécher.

Illustration pour Le Bateau Ivre. Monotype. ©Marie-Anne Bonneterre. 2011.

Dramas.

Il y a environ 3 ans maintenant que je regarde exclusivement des séries coréennes, communément appelées « dramas ».
José m’avait dit : « il y a une série qui a l’air chouette sur Netflix. Ça s’appelle Mr. Sunshine. » « Ah bon ! », j’ai répondu sans conviction. J’aimais bien le cinéma asiatique, japonais, taïwanais, chinois de Chine populaire ou de Hong-kong, mais nos incursions dans les productions pour le petit écran ne m’avaient jamais vraiment emballée. Les « anime », non merci, très peu pour moi. En tant qu’animatrice 2D, comme on dit aujourd’hui, j’étais agacée par le peu de mouvement de ces produits et, en tant qu’illustratrice, par les conventions graphiques du code esthétique nommé « manga ». J’ai, depuis, un peu revu mon opinion, mais pas beaucoup, il faut le dire.
À ce moment-là, je crois que nous étions en overdose de productions américaines. On en avait ras-le-bol de la testostérone, de la violence, de cette façon obscène d’exhiber le corps des femmes, des figures de style vues et revues. De mieux connaître la skyline de New York que celle de Paris. Les scénarios se déroulaient, sans surprise, avec les mêmes schémas resucés, les mêmes vieilles recettes, même si, de temps en temps, un pur chef d’œuvre venait au jour, comme True Detective. Quant aux productions françaises, n’en parlons pas. Les murs qui bougent quand on frappe à la porte, les glumeux qui slapètent, les scénarios ni faits ni à faire, non merci ! Une fois disparu Jean-François Parrot qui a emporté avec lui Nicolas Le Floch, il ne restait que les dramatiques dramatiques… Bref, on séchait. Nous nous sommes alors penchés sur les productions d’ailleurs, histoire de prendre un peu le frais. Ce n’était pas mal, mais on sentait quand même l’influence profonde des habitudes et codes d’outre-Atlantique.
Quand soudain, dans les propositions des diffusions Netflix, le portrait d’un bel homme inconnu : Mr. Sunshine.
C’était parti !…

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Quelques mots…

Des mots que j’aime :
chagrin, qui a des larmes quand on le dit,
misère, perçant comme un vent glacial,
baliverne, qui bondit et cabriole,
pastorale, doux comme un troupeau d’agneaux,
écoute, quand on laisse longtemps durer le son « ou »,
frisson, qui fait des vagues et donne la chair de poule,
élan, qui va vite, mais qui ralentit sur la fin,
flamme, en faisant sonner les deux « m », et en fermant la bouche pour éteindre le son,
parole, qui s’envole,
godillot, qu’on entend trainer sur la route…
Quiétude, ne pas oublier de prononcer qui-é-tude,
imbécile, en appuyant sur le bé, et en ralentissant sur le i, ça fait toujours son effet.
Patience et constance, rien que de les prononcer, on a envie d’être patient, et constant.
Écrit, j’entends le bruit de la plume qui crisse sur le papier,
souffle, et la brise est là,
patenôtre, on y entend des prières anciennes.
pluie, quand on le prononce lentement en détachant « plu » et « ie »,
glace, rien que ce mot, et il fait froid.
Ami, qui commence ouvert et sonore et finit en caresse…

Les mots sont si beaux…