Je m’appelle Nuit.
Je suis ténèbres
Et je suis lumière.
Je suis tout à la fois le sommeil et l’éveil.
Je suis la veilleuse du jour prochain.
Je suis le silence, et le tumulte de néant.
Ce que tu es…
Homme, tu veux montrer ta force.
Moi, ce que je veux,
C’est la chaleur de ton ventre
tendre et chaud,
La mécanique fragile de ton corps,
ta nuque courbe quand tu lis,
Ton abandon dans la nuit.
La cuisine de la rue du Rabois
Il y a des endroits qui nous sont un pays, une enfance, un moment inoubliable.
Ma cuisine de la rue du Rabois ne cassait pas trois pattes à un canard. C’était pourtant un lieu magique. Tous ceux qui l’ont connue ne l’ont pas oubliée.
On y mangeait, on y bavardait, on y recevait, on y jouait au Cluedo, on y vivait, tout simplement.
Un mur de séparation abattu avait réuni deux pièces qui formaient la cuisine. Du côté de la rivière, une petite salle à manger, après la poutre se trouvait la cuisine proprement dite, et pas aménagée, c’est le moins qu’on puisse dire! Une belle installation faite de bric et de broc…
Il y a du vent, ce matin.
Le bosquet de bouleaux converse feuillamment…

Premières fois…
Badoit !
Mon premier souvenir de première fois !
J’ai sept ans. Je suis en CP. J’apprends à lire à l’ancienne, b-a, ba, b-i, bi, Pa-Pa fu-me sa Pi-Pe, et à compter avec des bûchettes.
Et voilà qu’un miracle arrive. Les hiéroglyphes impénétrables de l’affiche gigantesque ont subitement un sens : B-A, BA… D-O-I-T, DOIT…
Ba-doit !
Je sais lire.
Même si je n’ai aucune idée de ce que Badoit veut dire.