L’appartement que nous avons occupé pendant une vingtaine d’année à Lisbonne, rua Nova do Desterro, rue Nouvelle de L’Exil, avait des carrelages en carreaux de ciment datant des années 30.
Sous les toits, au quatrième étage sans ascenseur d’un immeuble mal entretenu, avec le ciel qui pleut à l’intérieur, sans chauffage l’hiver, nous avons finalement dû le quitter.
Il avait vu naître mon compagnon de vie.
Lui, il détestait devoir y passer de longues semaines lorsque le travail l’appelait à Lisbonne, mais pour moi, c’était un lieu de villégiature, c’était de merveilleuses vacances pleines de liberté, de bruits nouveaux, d’images uniques.
Meublé de bric et de broc, un mobilier « à tout casser » comme le disait finement J., nous y avons, d’année en année, imposé de nouvelles routines qui faisaient du bien quand je les retrouvais en juillet et en août.
Étiquette : été
Le champ.
Le champ au soleil.
Les sauterelles et les criquets
se frottent la panse…
Le champ.
La nuit a éteint la lumière et le champ s’est tu un moment, puis les harpes de vent des grillons ont commencé à chanter. Les vers luisants s’éveillent, petits réverbères d’un monde minuscule.
Été.
Été.
Fouillis de champ. Le ciel a laissé des chiffons bleus dans la chicorée sauvage…
Les saisons.
Marcher pieds nus dans la nuit sur le carrelage froid, ouvrir le réfrigérateur pour boire de l’eau glacée, écouter les pales du ventilateur couper l’air en frais petits quartiers, entendre les bruits de la nuit se faufiler entre les persiennes.
C’est l’été.
Les saisons.
Les moutons des nuages moutonnent en troupeaux sages vers l’horizon.
Un train passe au loin.
La rivière coule en un bruit de frisson.
Été.
Sud…
Longues routes qui déroulent leur ocre clair jusqu’à l’horizon, striées de l’ombre noire des oliviers.
Toute ombre est noire, sous le soleil. Toutes les couleurs s’affrontent sans tendresse dans la lumière. Le ciel de cobalt et la plaine blonde, les cyprès de vert sombre, les restes d’une mare opaline dans laquelle se noie le reflet d’un nuage solitaire.
Le champ.
L’année dernière, mes poèmes étaient remplis du bruissement du champ. Cette année, silence…
Le champ est mouillé.
Le champ.
Les foins sont faits. Le champ a été rasé de près… Où les papillons vont-ils se donner rendez-vous ?
Éclat…
Samedi matin. Des balayures de la terrasse, un insecte de métal vert qui s’enfuit en courant.