Ciel bleu ourlé de Jaune. Soleil froid d’hiver. Les arbres sont colorés d’orange et de mauve.
Auteur : Marie-Anne Bonneterre
Hiver.
Le soleil s’est noyé dans la cendre des jours d’hiver.

Gelée.
Aujourd’hui, le temps ressemble à deux longues jambes de glace et à des pieds de neige.

Labours.
La terre est ouverte en larges tranches grasses. Elle sèche vite pourtant, et la couleur de chocolat laisse place à de vastes étendues grises sur lesquels s’étendent, dans le jour qui finit tôt, les longues ombres des arbres. Des corbeaux arpentent les hautes mottes d’un pas docte, ainsi que des penseurs solitaires.
Derrière, le ciel est tissé de rubans oranges et de longs bandeaux de nuages mauves ourlés de lumière.

Antoinette
La vie a quitté ma grand-mère dans sa 101e année, à l’aube de son anniversaire, un jour d’octobre merveilleux, plein de soleil pour rendre hommage à sa lumière. Cette force tranquille était devenue une feuille fragile qu’un souffle effritait. Mais pendant cent ans, ma grand-mère, Antoinette, a vécu.
Vivre. Ce verbe, elle l’a vraiment fait sien. Hélas, on oublie de poser des questions et celles-ci se bousculent aujourd’hui… Mamie, je ne sais pas tous les détails de ta vie, est-ce que tu avais cette même joie d’exister, envers et contre tout, quand tu étais enfant ?
J’ai mis très longtemps à comprendre à quel point ma grand-mère avait été une source de chaleur et un réconfort dans ma vie d’enfant. Plus j’avance en âge, plus je me rends compte combien son soleil a éclairé ma vie. L’appel de la vie immédiate et le désir de liberté peuvent faire d’une femme une mère approximative, mais une formidable grand-mère. Pour ma part, ma grand-mère a étendu un manteau de joie et de fantaisie sur ma vie, et a éclairé d’une grande lumière les recoins sombres et désespérants.
Lire la suite « Antoinette »Le goûter.
J’ai respiré le pain frais. Il sentait le goûter, les barres de chocolat Milka dans leur papier mauve, l’enfance, l’école et la cour de récré. Il sentait la poussière saine du chemin battu, les tilleuls en fleurs, la fin de l’année, la sortie en bus. Il était plein de silence et de rires.
Il était tellement peu de chose.
Ma mère saupoudrait les longues tartines de la baguette beurrées, de sucre ou de cacao en poudre Poulain. Elle les secouait au-dessus de l’évier pour les débarrasser du superflu qui aurait causé des dégâts sur nos maillots et nos jupes. Je les pliais en deux dans la longueur pour pouvoir les mordre.
Le beurre faisait des rides brunes.

Froidures.
Ciels de brumes roses, toits noirs d’où s’échappent les sages serpentins de fumée pale. Les feux des réverbères de la gare comme des yeux de fauves hallucinés m’observent de loin, immobiles…

Désaccordée.
Des gouttes de pluie dans mon silence intérieur, moi qui voudrais entendre striduler un grillon…
Je vais où le bonheur me porte.
Les gens.
Il y a des jours où je ne les aime pas, les gens. Ils font du bruit, ils te bousculent, ils vont et viennent et passent indifférents.
Il y a des jours où je les aime, les gens…
Je vois la vie qui les anime, parce que je sais que ce ne sera pas toujours comme ça. Ils me paraissent chauds, touchants, fragiles. Ces jours-là, je ne sais pas pourquoi, le soleil éclaire leurs prunelles et en révèle la transparence et la clarté. Il pénètre plus profondément qu’à l’ordinaire.
Ces jours-là où j’aime les gens, tous les gens, je vois leurs gestes comme des envols suspendus, inachevés.