À ma fenêtre.

Passe le monde à ma fenêtre, promeneur indolent.
Je suis ici, immobile à la fenêtre de mes yeux, à regarder mourir le temps.
J’essaie de retenir une image, mais elle fuit, et je l’accroche avec les autres dans le musée de ma mémoire.
Tous ceux que j’ai connu sont assis dans l’oubli.
Le sable des heures les recouvre avec patience.
J’ai arrêté leur élan avec infiniment d’ingratitude pour les agrafer dans mon Panthéon, car le temps qui nous avait uni nous sépare.
Je les ai enfoui dans l’argile du passé.
Parfois, je cherche leur figure de cire morte pour la mettre à la lumière, mais rien ne les ressuscite.

Suis-je, moi aussi, un cadavre de boue ?
Je suis morte mille fois, et mille fois je me suis rangée sur les étagères de mes souvenirs, dans le fatras de mon intime grenier.

Que sais-tu de moi, toi qui regarde à l’intérieur
par la fenêtre de mes yeux ?



Sud…

Longues routes qui déroulent leur ocre clair jusqu’à l’horizon, striées de l’ombre noire des oliviers.
Toute ombre est noire, sous le soleil. Toutes les couleurs s’affrontent sans tendresse dans la lumière. Le ciel de cobalt et la plaine blonde, les cyprès de vert sombre, les restes d’une mare opaline dans laquelle se noie le reflet d’un nuage solitaire.

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Ma beauté.

Je suis une femme qui n’aime pas les bijoux, ni le luxe. Qui peut porter les mêmes vêtements pendant des années, se trouve à l’aise dans ses vieilles godasses, qui n’a guère d’intérêt pour la mode…
Alors, parfois, je dois faire des concessions au monde tellement futile dans lequel je vis. Je me maquille, j’achète des chaussures que je porterai trois fois, j’essaie d’avoir du style, mais sans y croire vraiment.
Pour moi, la beauté, je ne peux ni l’acheter, ni m’en parer. La beauté, c’est le monde, c’est la vie, c’est la talent, l’innocence, la grâce d’un moment, l’œuvre d’un artiste qui donne à voir, un trait, un beau trait impératif sur du papier blanc.

On peut pas être heureux tout le temps.

Les matins où le cœur grince.
On ne peut pas être heureux.

Je suis de celles qui sourient. Qui se lèvent de bonne humeur et trouvent plaisir au jour qui vient. Même si parfois, le ciel du dehors fait grise mine, mon ciel intérieur est souvent ensoleillé.

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