Septembre.

Herbes sèches,
Floraisons noires,
Branches dénudées,
Fleurs sans fruits…
La vigne blanche laisse ses filles échevelées envahir murs et clôtures comme des folles sans entraves. Les écharpes transparentes des brumes de la rivière s’enroulent et montent au ciel où se déploient les roses de l’aube.
Les feuilles encore vertes attendent le vent de novembre qui viendra les décrocher une à une pour les emporter dans d’invisibles bras plein d’eau et de frimas.
Les étourneaux se donnent rendez-vous dans le ciel pur et nu du soir, et se pressent par petits groupes pour rejoindre le murmure éphémère de leur communion mystérieuse. Leur nuage en pointillé se noue et se dénoue au gré de secrètes inspirations, mais qui décide du chemin ?
Tout va vers une fin jusqu’aux prochaines éclosions. L’été s’endort sereinement, emmitouflé des vapeurs douillettes de l’automne qui arrive sans bruit.
L’été a répandu sa joie sans fin pendant les jours splendides et saupoudré de vie chaque coin d’herbe, chaque couple frémissant, chaque emmêlement vivant, chaque graine ténue. Il a tenu dans sa main de lumière toute chose qui voulait naître. Puis il a refermé ses doigts flamboyants, et laissé place aux doigts mouillés de septembre qui retient dans sa paume les futures germinations. L’automne cache tout ce qui va renaître dans un fouillis de feuilles mortes.

Premier jour de l’automne.

Le prix des choses…

Il y a des choses qui n’ont pas de prix : le chant des oiseaux dans le silence du matin, le rire des enfants qui vient de haut et qui dégringole en cascade de notes pointues, les fleurs dans le champ, les nuages comme des vaisseaux de crème rebondis, la mer, l’odeur de la pluie d’août sur la terre sèche et celle de l’herbe coupée, les mains, le geste précis de l’artisan, les grillons dans la nuit, le bourdonnement de l’abeille, la première neige, les couleurs, un baiser, une caresse, le regard du chien, l’amour, et toutes les choses qui n’ont pas de prix…

Pourquoi j’illustre?

Lorsque je dessine et que je peins, que fais-je d’autre qu’illustrer ? Illustrer une idée, une vision, un élan intérieur, une émotion, qui sans l’aide de mes crayons et de ma plume, resteraient dans l’état invisible de leur naissance en tant qu’idée.

Car, pour moi, illustrer commence par conceptualiser, puis par montrer, pour projeter dans un espace imaginaire.

Et « imaginaire » est le maître mot. Car c’est dans l’imagination, les souvenirs, la candeur de l’enfance que je vais puiser pour créer mes illustrations, en espérant qu’elles rencontreront cet éblouissement enfantin chez mes lecteurs.

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Mendiant.

Il l’avait ramassé dans un bistrot un soir d’été.
À cette époque, il n’avait vraiment l’air de rien, tout sale, tout chiffonné… Il l’avait embarqué dans sa musette. Il avait été ému par ses yeux de topaze sombre, sa timidité, sa gaieté retenue.

Il traînait là sa carcasse, errant entre les tables, mendiant discrètement, contraint par l’exigence d’un ventre sourd, comme il se doit, aux bonnes manières. Pourtant, on remarquait chez lui un maintien d’aristocrate, la délicatesse silencieuse du long apprentissage des manières bourgeoises.

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