Que voulez-vous… Je vis dans mon imagination.
Les oiseaux…
Martin-pêcheur : l’émotion du jet bleu électrique de son vol immédiat.
Il est nécessaire d’avancer neuf, comme un livre blanc, dans la vie. Il n’y a pas de découverte sans oubli.
Pourquoi j’illustre?
Lorsque je dessine et que je peins, que fais-je d’autre qu’illustrer ? Illustrer une idée, une vision, un élan intérieur, une émotion, qui sans l’aide de mes crayons et de ma plume, resteraient dans l’état invisible de leur naissance en tant qu’idée.
Car, pour moi, illustrer commence par conceptualiser, puis par montrer, pour projeter dans un espace imaginaire.
Et « imaginaire » est le maître mot. Car c’est dans l’imagination, les souvenirs, la candeur de l’enfance que je vais puiser pour créer mes illustrations, en espérant qu’elles rencontreront cet éblouissement enfantin chez mes lecteurs.
Lire la suite « Pourquoi j’illustre? »Mendiant.
Il l’avait ramassé dans un bistrot un soir d’été.
À cette époque, il n’avait vraiment l’air de rien, tout sale, tout chiffonné… Il l’avait embarqué dans sa musette. Il avait été ému par ses yeux de topaze sombre, sa timidité, sa gaieté retenue.
Il traînait là sa carcasse, errant entre les tables, mendiant discrètement, contraint par l’exigence d’un ventre sourd, comme il se doit, aux bonnes manières. Pourtant, on remarquait chez lui un maintien d’aristocrate, la délicatesse silencieuse du long apprentissage des manières bourgeoises.
Lire la suite « Mendiant. »Nuit.
Je m’appelle Nuit.
Je suis ténèbres
Et je suis lumière.
Je suis tout à la fois le sommeil et l’éveil.
Je suis la veilleuse du jour prochain.
Je suis le silence, et le tumulte de néant.
Ce que tu es…
Homme, tu veux montrer ta force.
Moi, ce que je veux,
C’est la chaleur de ton ventre
tendre et chaud,
La mécanique fragile de ton corps,
ta nuque courbe quand tu lis,
Ton abandon dans la nuit.
La cuisine de la rue du Rabois
Il y a des endroits qui nous sont un pays, une enfance, un moment inoubliable.
Ma cuisine de la rue du Rabois ne cassait pas trois pattes à un canard. C’était pourtant un lieu magique. Tous ceux qui l’ont connue ne l’ont pas oubliée.
On y mangeait, on y bavardait, on y recevait, on y jouait au Cluedo, on y vivait, tout simplement.
Un mur de séparation abattu avait réuni deux pièces qui formaient la cuisine. Du côté de la rivière, une petite salle à manger, après la poutre se trouvait la cuisine proprement dite, et pas aménagée, c’est le moins qu’on puisse dire! Une belle installation faite de bric et de broc…
Il y a du vent, ce matin.
Le bosquet de bouleaux converse feuillamment…

Premières fois…
Badoit !
Mon premier souvenir de première fois !
J’ai sept ans. Je suis en CP. J’apprends à lire à l’ancienne, b-a, ba, b-i, bi, Pa-Pa fu-me sa Pi-Pe, et à compter avec des bûchettes.
Et voilà qu’un miracle arrive. Les hiéroglyphes impénétrables de l’affiche gigantesque ont subitement un sens : B-A, BA… D-O-I-T, DOIT…
Ba-doit !
Je sais lire.
Même si je n’ai aucune idée de ce que Badoit veut dire.