Prédation.

J’ai été sexuellement attaquée trois fois lorsque j’étais enfant et adolescente.
Toujours par des hommes, cela va sans dire.
Et toujours par des vieux, ce qui veut dire qu’il sévissait sans entrave depuis longtemps. Ce genre de type ne commence pas à 60 ans.

La première fois, j’avais 9 ans.
Pendant les grandes vacances, et à quelques mètres de mes parents.
Nous passions comme d’habitude des vacances à Avignon, chez tonton J. et tata G. Du fait de leur travail, ils connaissaient des gens un peu partout aux alentours et entretenaient des rapports amicaux comme on fait dans le sud avec les parisiens, chaleureux en apparence, froids dans le fond. On avait donc tous été invités par M. B. à venir partager un grand repas festif à Cavaillon, si je me souviens bien.
Des tréteaux et de longues planches installés au milieu de la petite rue faisaient office de table de gala chargées de mets, de merguez, de chipos, de côtelettes, de salades de tomates, et, forcément, de délicieux melons.
Tout le monde était heureux, joyeux, gai, et moi aussi…

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Eau douce.

L’eau qui coule dans ma bouche,
C’est l’eau verte des jardins.
Abreuvée de palpitations infinies,
La vie ruisselle.

L’eau verte des jardins, c’est la mare
immobile, peinte de gouache mate, brouillée un instant
Par le saut de la grenouille.
Son passage laisse voir une eau noire.
Une eau profonde comme un œil
que la paupière de l’eau
recouvre.
Ploc.

L’eau de la mare cache sa nature de ténèbres sous sa peau verte.
Les insectes de l’eau y marchent à l’envers,
de leur long pas d’araignée.
Quelles sont les bêtes sombres, les limaces sanglantes,
Les poissons enchevêtrés de mousse de ses fonds mystérieux ?

Ils écartent les végétations ternes pour regarder le ciel,
Dévoilant en silence la nuit des eaux dormantes.

L’eau verte des jardins reposent dans des pots.
Laissés là par la main négligente du jardinier, ils ont recueilli
l’eau des pluies de novembre
et se sont laissés briser par le gel de l’hiver.

L’eau verte des jardins,
C’est le ruisseau qui file des quenouilles de soie
Chahutant comme un enfant léger sur les pierres glissantes.

Les ruissellements arborescents dans le sable
forment des lacs où nait un monde minuscule.

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Ne pas se souvenir.

La vie répare avec l’oubli…
L’oubli des chagrins, des deuils, des heures sombres, des transes adolescentes, des fébrilités de l’ignorance. L’oubli des souffrances, des déchirements, des départs. L’oubli des oublis qui ont blessé.
Avec le chiffon du présent, la mémoire efface les meurtrissures du passé.
Tout se fond en une mer d’émotions muettes d’où surgit parfois un souvenir, comme un cadavre agité.