Les jours.

Les jours, comme des larmes, comme des grains de riz, comme des pétales de cerisier, comme les vents maussades, comme la pluie.
Les jours, qui vont à grand bruit, dans le fracas des villes, dans le tumulte de la jeunesse, dans le fardeau du tout venant.
Les jours, dans le silence, dans l’abandon, dans le blanc des doigts de neige.
Les jours, qui ruissellent comme des larmes.
Comme des rivières de pleurs inconsolés.

Les dramas, pourquoi ?…

J’en avais vraiment marre des commissariats et des flics qu’ils soient d’ici, ou ailleurs, dans les séries françaises nulles et dans les anglo-saxonnes, exception faite des britanniques. Des flics, ou des avocats, ou des procureurs, du FBI, de la CIA, et des histoires de famille, les grands-pères, les petits enfants, les maris, les femmes, et pas d’amants, rien de plus chaste que les séries « famille », des psychopathes, des truands, des violents, des dingues, pas la moindre émotion, sinon la peur, pas le moindre sentiment, sinon les plus vils…

Esthétiquement, j’en pouvais plus de la glorification du sweat serpillière, du pantalon informe et de la barbe de trois jour, du dessous de pont immonde, de l’abord de bretelle d’autoroute, de la casse mille fois vue, du bar à la noix, de l’appart de flic sinistre et sans âme, de l’open space de la police, du capitaine noir, parce tous les capitaines sont noirs, askip, de la scène de Q toujours la même, et pour les sentiments, tu repasseras, avec toujours les mêmes qui se déloquent dans l’entrée, la scène du brossage de dents, et du pipi dans la cuvette.

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Ciel.

Écrire un petit poème du soir,
sur le dégradé du ciel,
du jaune où traînent des nuages qui se croient mauves quand ils sont gris,
du bleu du ciel qui se fond en écarlate de soleil mourant,
des griffures blanches, courtes et fines tracées par les plumes invisibles des avions
dont les routes se croisent et qui vont n’importe où,
n’importe où,
mais très loin,
et qui écrivent dans le ciel
les signes mystérieux
de leur discret passage.

Routes des avions.

Enfance.

Obscur couloir frais, empli de la rumeur
de courses enfantines.
Celle que je fus
joue, seule, quelque part, à l’ombre d’un platane,
ou, assise sur la marche rouge.
Mon ombre sent la fraîcheur de la tommette
dans le silence poussiéreux,
La fièvre de l’après-midi,
le paisible ennui estival,
les volets mi-clos.

La tête bourdonnante, je me sens hanneton…
Pensive, un moment,
j’entends les échos de leur jeu dans la cour,
J’observe, au travers des carreaux,
leur silhouette colorées,
lumineuses,
vivantes.
et les maigres tiges des roses trémières,
frémissant dans la chaleur blanche.

Le souvenir d’avoir été plus innocente encore…

Le cortège rouge et noir des insectes.
Le mur de briques rouges.
Le bistre des ferrailles,
le toit écroulé,
promenade de chats.

Et, dans la véranda (laissé là sur la table)
le dessin régulier d’une patience.

Garrigue.

Tout était blanc à cause de la lumière.
Tout faisait mal à voir.
Je ne me souviens que de l’odeur
des pins, du thym et du romarin,
Et de trois silhouettes
Dans la poussière du chemin.
Je me souviens des roches dévorées,
des papillons ivres de soleil,
des cigales.
Nous rentrions bredouilles,
Nos filets à papillons sur l’épaule,
dans la gloire du jour finissant,
nos sandales pleine de sable.

La guerre des femmes.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Le monde entier
qui est né d’elles.
Le monde entier
qu’elles ont reçu entre leurs mains mouillées.
Qu’elles ont vêtu, nourri,
Qu’elles ont bercé, et endormi.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Tout le monde,
et leurs fils, qui sont nés d’elles,
dont elles ont lavé la nuque fragile,
dont elles ont tenu la petite main,
Dont elles ont guidé les pas.
Leurs fils,
qu’elles ont maintenu en vie,
Jusqu’à l’âge d’homme.

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L’étudiant.

Un petit exercice littéraire. (Écrire un court texte contenant les cinq mots suivants : Sentiment, écrire, crépuscule, bien-être, étudiant)

L’étudiant avait le sentiment qu’écrire au crépuscule lui procurait un bien-être incomparable. Il rentrait vite de la fac, faisait toutes les petites courses nécessaires à la soirée et montait dans sa chambrette-cuisine-salon en quelques bonds de ses longues jambes élastiques. Toute la journée, il avait pensé à cet instant de solitude. Il avait anticipé les gestes simples… L’eau qui chauffe dans la bouilloire pour le thé, les feuilles alignées bien proprement sur le bureau, les stylos d’encre noire au garde-à-vous sur la droite du paquet de feuilles.

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Lisbonne

Enchevêtrement des toits et des pignons aux couleurs fanées, puits de lumière ornés de fer forgé et couvert de tôle ondulée, tuiles rouges et forêt d’antennes tordues. Le ciel est couvert, ce matin. Comme souvent dans les cités du bord de la mer, la nuit a tiré sur la ville la couverture des nuages, et ils peinent à se disperser au matin, mais on sent le soleil et la chaleur tout proches. Les bruits sont nouveaux, et pourtant familiers. Comme de vieux amis, ils montent vers moi de la rue, et entrent par la fenêtre largement ouverte. Les sirènes des ambulances, les voix des enfants, les frôlements des voitures sur les pavés de basalte de la chaussée, les oiseaux sur les toits, et dans les cages suspendues aux fenêtres. Cliquetis des boutiques, voisins s’interpellant à grand bruit, vendeurs ambulants. Au loin, le brouhaha emmêlé des autos, des camions et par-dessus ce tissu épais, les notes joyeuses des trams dégringolant les collines et les cris des goélands dans le ciel au-dessus.

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