Qu’est-ce que ça fait, d’être au bord d’une larme ?
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J’aimerai connaître la recette du pâté de maisons…
Eau douce.
L’eau qui coule dans ma bouche,
C’est l’eau verte des jardins.
Abreuvée de palpitations infinies,
La vie ruisselle.
L’eau verte des jardins, c’est la mare
immobile, peinte de gouache mate, brouillée un instant
Par le saut de la grenouille.
Son passage laisse voir une eau noire.
Une eau profonde comme un œil
que la paupière de l’eau
recouvre.
Ploc.
L’eau de la mare cache sa nature de ténèbres sous sa peau verte.
Les insectes de l’eau y marchent à l’envers,
de leur long pas d’araignée.
Quelles sont les bêtes sombres, les limaces sanglantes,
Les poissons enchevêtrés de mousse de ses fonds mystérieux ?
Ils écartent les végétations ternes pour regarder le ciel,
Dévoilant en silence la nuit des eaux dormantes.
L’eau verte des jardins reposent dans des pots.
Laissés là par la main négligente du jardinier, ils ont recueilli
l’eau des pluies de novembre
et se sont laissés briser par le gel de l’hiver.
L’eau verte des jardins,
C’est le ruisseau qui file des quenouilles de soie
Chahutant comme un enfant léger sur les pierres glissantes.
Les ruissellements arborescents dans le sable
forment des lacs où nait un monde minuscule.
Les jours.
Les jours, comme des larmes, comme des grains de riz, comme des pétales de cerisier, comme les vents maussades, comme la pluie.
Les jours, qui vont à grand bruit, dans le fracas des villes, dans le tumulte de la jeunesse, dans le fardeau du tout venant.
Les jours, dans le silence, dans l’abandon, dans le blanc des doigts de neige.
Les jours, qui ruissellent comme des larmes.
Comme des rivières de pleurs inconsolés.

Enfance.
Obscur couloir frais, empli de la rumeur
de courses enfantines.
Celle que je fus
joue, seule, quelque part, à l’ombre d’un platane,
ou, assise sur la marche rouge.
Mon ombre sent la fraîcheur de la tommette
dans le silence poussiéreux,
La fièvre de l’après-midi,
le paisible ennui estival,
les volets mi-clos.
La tête bourdonnante, je me sens hanneton…
Pensive, un moment,
j’entends les échos de leur jeu dans la cour,
J’observe, au travers des carreaux,
leur silhouette colorées,
lumineuses,
vivantes.
et les maigres tiges des roses trémières,
frémissant dans la chaleur blanche.
Le souvenir d’avoir été plus innocente encore…
Le cortège rouge et noir des insectes.
Le mur de briques rouges.
Le bistre des ferrailles,
le toit écroulé,
promenade de chats.
Et, dans la véranda (laissé là sur la table)
le dessin régulier d’une patience.
Garrigue.
Tout était blanc à cause de la lumière.
Tout faisait mal à voir.
Je ne me souviens que de l’odeur
des pins, du thym et du romarin,
Et de trois silhouettes
Dans la poussière du chemin.
Je me souviens des roches dévorées,
des papillons ivres de soleil,
des cigales.
Nous rentrions bredouilles,
Nos filets à papillons sur l’épaule,
dans la gloire du jour finissant,
nos sandales pleine de sable.
Il pleut.
Les larmes du ciel sur les vitres du salon…
Automne
Les oiseaux se sont tus… L’avez-vous remarqué ? Le champ est silencieux. Les insectes ont rejoint leur terrier de hobbit pour attendre l’hiver et la neige.
Envol.
Les mains de cet homme sombre de peau, au visage ravagé, s’envolent devant lui comme des oiseaux palpitants. Il en écarte les ailes, les pouces tournés vers l’extérieur en un plat mouvement qui lisse l’air de leur dos brun… Puis il les laissent lentement se poser, apprivoisés.
Saison.
Ce soir, un parfum d’automne flottait… Les fumées des feux de bois domestiques remplissaient l’air humide d’âcres buées. Plus loin, enfoui dans les brumes comme dans une écharpe douillette, le clocher égrenait les heures. L’air piquait le nez, et les fenêtres étaient éclairées comme de paisibles reposoirs.