Une époque d’une rare vulgarité, où pleuvent gestes obscènes, injures, grossièreté, mauvais goût, attitudes ordurières, langage et vocabulaire abaissé, et où la pensée est remplacée par quelques sensations électriques dans le cerveau…
Je range ma vie, et c’est interminable…
Curriculum…
De 1960 à 1965, j’ai appris à manger, à m’asseoir, à marcher, à courir, à parler, à tenir debout, assise, couchée, et à être propre. J’ai appris à rire, à jouer, à avoir des copines, à vivre dans mes rêves, à regarder les fourmis dans leur fourmilière, les hannetons dans les arbres. J’ai appris à être une enfant.
De 1965 à 1975, j’ai appris à lire, à écrire, à compter, à nager, à faire du vélo, à laver, cuisiner avec Madame Ferris, passer l’aspirateur, à le brancher sans prendre de châtaignes, à découper et à coller, à faire les vitres, coudre, crocheter et tricoter. J’ai appris à chanter, à parler anglais et espagnol, à m’amuser, avoir des amis, faire des devoirs sur table, lancer le poids, sauter en hauteur et en longueur, à prendre le train et le métro, à être grande.
De 1975 à 1981, j’ai appris à dessiner, peindre, voir, écouter, savoir, mais aussi à aider, soutenir et assister. J’ai appris des poèmes, et à être libre. J’ai appris à aimer, à souffrir et à être passionnée. J’ai passé un nombre insensé d’unités de valeur, ce qui ne veut rien dire, et un diplôme. J’ai construit un petit théâtre, des marionnettes pour y jouer, j’ai peint des costumes, j’ai pris le métro avec un carton format grand aigle. J’ai voyagé, je suis allée à Rome, Sienne, Naples et Venise, mais aussi à Amsterdam et à Los Angeles… J’ai appris à être une jeune fille…
Hiver.
Le soleil s’est glacé de poudre de riz vaporeuse, ce matin. Le givre blanchit la campagne.
Envol.
Les mains de cet homme sombre de peau, au visage ravagé, s’envolent devant lui comme des oiseaux palpitants. Il en écarte les ailes, les pouces tournés vers l’extérieur en un plat mouvement qui lisse l’air de leur dos brun… Puis il les laissent lentement se poser, apprivoisés.
Saison.
Ce soir, un parfum d’automne flottait… Les fumées des feux de bois domestiques remplissaient l’air humide d’âcres buées. Plus loin, enfoui dans les brumes comme dans une écharpe douillette, le clocher égrenait les heures. L’air piquait le nez, et les fenêtres étaient éclairées comme de paisibles reposoirs.
Glace.

Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui…
Songe.
J’avais espéré dormir avec les fées. Elles devaient être là : j’ai rêvé que je volais…
An nouveau…
