Enfance.

Obscur couloir frais, empli de la rumeur
de courses enfantines.
Celle que je fus
joue, seule, quelque part, à l’ombre d’un platane,
ou, assise sur la marche rouge.
Mon ombre sent la fraîcheur de la tommette
dans le silence poussiéreux,
La fièvre de l’après-midi,
le paisible ennui estival,
les volets mi-clos.

La tête bourdonnante, je me sens hanneton…
Pensive, un moment,
j’entends les échos de leur jeu dans la cour,
J’observe, au travers des carreaux,
leur silhouette colorées,
lumineuses,
vivantes.
et les maigres tiges des roses trémières,
frémissant dans la chaleur blanche.

Le souvenir d’avoir été plus innocente encore…

Le cortège rouge et noir des insectes.
Le mur de briques rouges.
Le bistre des ferrailles,
le toit écroulé,
promenade de chats.

Et, dans la véranda (laissé là sur la table)
le dessin régulier d’une patience.

Garrigue.

Tout était blanc à cause de la lumière.
Tout faisait mal à voir.
Je ne me souviens que de l’odeur
des pins, du thym et du romarin,
Et de trois silhouettes
Dans la poussière du chemin.
Je me souviens des roches dévorées,
des papillons ivres de soleil,
des cigales.
Nous rentrions bredouilles,
Nos filets à papillons sur l’épaule,
dans la gloire du jour finissant,
nos sandales pleine de sable.

La guerre des femmes.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Le monde entier
qui est né d’elles.
Le monde entier
qu’elles ont reçu entre leurs mains mouillées.
Qu’elles ont vêtu, nourri,
Qu’elles ont bercé, et endormi.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Tout le monde,
et leurs fils, qui sont nés d’elles,
dont elles ont lavé la nuque fragile,
dont elles ont tenu la petite main,
Dont elles ont guidé les pas.
Leurs fils,
qu’elles ont maintenu en vie,
Jusqu’à l’âge d’homme.

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L’étudiant.

Un petit exercice littéraire. (Écrire un court texte contenant les cinq mots suivants : Sentiment, écrire, crépuscule, bien-être, étudiant)

L’étudiant avait le sentiment qu’écrire au crépuscule lui procurait un bien-être incomparable. Il rentrait vite de la fac, faisait toutes les petites courses nécessaires à la soirée et montait dans sa chambrette-cuisine-salon en quelques bonds de ses longues jambes élastiques. Toute la journée, il avait pensé à cet instant de solitude. Il avait anticipé les gestes simples… L’eau qui chauffe dans la bouilloire pour le thé, les feuilles alignées bien proprement sur le bureau, les stylos d’encre noire au garde-à-vous sur la droite du paquet de feuilles.

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Lisbonne

Enchevêtrement des toits et des pignons aux couleurs fanées, puits de lumière ornés de fer forgé et couvert de tôle ondulée, tuiles rouges et forêt d’antennes tordues. Le ciel est couvert, ce matin. Comme souvent dans les cités du bord de la mer, la nuit a tiré sur la ville la couverture des nuages, et ils peinent à se disperser au matin, mais on sent le soleil et la chaleur tout proches. Les bruits sont nouveaux, et pourtant familiers. Comme de vieux amis, ils montent vers moi de la rue, et entrent par la fenêtre largement ouverte. Les sirènes des ambulances, les voix des enfants, les frôlements des voitures sur les pavés de basalte de la chaussée, les oiseaux sur les toits, et dans les cages suspendues aux fenêtres. Cliquetis des boutiques, voisins s’interpellant à grand bruit, vendeurs ambulants. Au loin, le brouhaha emmêlé des autos, des camions et par-dessus ce tissu épais, les notes joyeuses des trams dégringolant les collines et les cris des goélands dans le ciel au-dessus.

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