En mai.

Soir.
Les martinets passent en formation serrée, leurs cris pointus loin derrière eux. Les corneilles se cornent et se pouettent, volant en bande vers le clocher qui vient de sonner neuf heures. Entre les déchirures des nuages, l’œil rouge du soleil observe le monde et l’obscurité qui commence à envelopper le village. Les grillons, imperturbables, stridulent patiemment.
Dans la haute falaise couverte d’arbres rebelles qui poussent où ils veulent et d’herbes folles courant éperdument le long de la paroi abrupte, chantent les rossignols. Ils égrènent dans l’air frais du soir les notes blanches, les rondes et les noires flutées des mélodies amoureuses qu’ils inventent à chaque seconde. Ils redoublent de trilles et décorent leur chant d’ornements toujours nouveaux, toujours audacieux.
Ils se taisent quand il pleut. Abrités sous la feuille, ils écoutent la musique de la pluie.

Mots.

Les mots sont beaux. Patience, absolu, venin, frisson, ombre…
Ils emplissent toute la bouche, s’échappent et s’incarnent en celui qui entend. mais, comme ceux qui ne voient pas, ceux-là n’écoutent pas.

Les mots sont beaux, qui disent le champ acidulé, la lumière, le front souple des enfants, les mains noueuses parcourues des résilles bleues, l’élan, nos pieds miraculeux qui marchent sans y penser.

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Hier soir…

Hier soir, nous promenions les chiens. Les murs des maisons de la place chahutaient les chants des rossignols, se les lançant de façade en façade, les faisant résonner et les amplifiant pour les faire entendre bien plus loin que la falaise d’où les minuscules oiseaux chantaient.
Tous les ans, ils nous offrent le plaisir de leurs sérénades, de leurs nocturnes fusant dans l’air parfumé du printemps, de leurs langoureux discours amoureux. J’avais dit, quelques jours plus tôt « tu entends ? Ils sont revenus… » lorsque s’était élevée la mélodie vive et harmonieuse de leur polyphonie. Ils sont plusieurs à chanter dans la nuit.
Le ciel était sombre et la lune était une fine courbe jaune. Plus loin, grosse comme une luciole, blanche et sans scintillement, Jupiter chatoyait. Le chat des voisins, fantôme noir de suie, traversait la place et se faufilait entre les arbres, en chasseur. Ses yeux plats reflétaient par instant des lueurs que son œil accrochait et mettait de côté, petites étoiles mouvantes glissant le long des clôtures…
Arrivés presqu’au bout de la rue, presque à la fin du mur de pierre et de lierre qui sépare le terrain vague de la chaussée a surgi, timide encore, le chant de l’été des criquets et des grillons. La soirée était douce et chaude, assez pour que les grillons sortent de leur menu terrier et accompagnent le chant des rossignols de leur son de crécelle.

Avec quelques traits d’eau brune.

Il est assis au bout de la table.

Sur la nappe froissée traînent encore les miettes et les tasses du déjeuner.
Tous sont partis. Ils ont quitté la petite salle à manger tranquille. Les portes-fenêtres sont ouvertes et un frais soleil dessine des carreaux de lumière sur les tomettes.
Une brise pointue gonfle les rideaux. Ils s’envolent comme de légers fantômes, font de silencieux et longs mouvements de bras, puis vont mourir contre le mur où ils palpitent un moment encore pour frémir de nouveau dans un souffle.
Un silence d’oiseau a empli la maison. Loin, au bout du vestibule, les marmites de cuivre sonnent pareilles à des clarines.

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