Prédation.

J’ai été sexuellement attaquée trois fois lorsque j’étais enfant et adolescente.
Toujours par des hommes, cela va sans dire.
Et toujours par des vieux, ce qui veut dire qu’il sévissait sans entrave depuis longtemps. Ce genre de type ne commence pas à 60 ans.

La première fois, j’avais 9 ans.
Pendant les grandes vacances, et à quelques mètres de mes parents.
Nous passions comme d’habitude des vacances à Avignon, chez tonton J. et tata G. Du fait de leur travail, ils connaissaient des gens un peu partout aux alentours et entretenaient des rapports amicaux comme on fait dans le sud avec les parisiens, chaleureux en apparence, froids dans le fond. On avait donc tous été invités par M. B. à venir partager un grand repas festif à Cavaillon, si je me souviens bien.
Des tréteaux et de longues planches installés au milieu de la petite rue faisaient office de table de gala chargées de mets, de merguez, de chipos, de côtelettes, de salades de tomates, et, forcément, de délicieux melons.
Tout le monde était heureux, joyeux, gai, et moi aussi…

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Ne pas se souvenir.

La vie répare avec l’oubli…
L’oubli des chagrins, des deuils, des heures sombres, des transes adolescentes, des fébrilités de l’ignorance. L’oubli des souffrances, des déchirements, des départs. L’oubli des oublis qui ont blessé.
Avec le chiffon du présent, la mémoire efface les meurtrissures du passé.
Tout se fond en une mer d’émotions muettes d’où surgit parfois un souvenir, comme un cadavre agité.

Ciel.

Écrire un petit poème du soir,
sur le dégradé du ciel,
du jaune où traînent des nuages qui se croient mauves quand ils sont gris,
du bleu du ciel qui se fond en écarlate de soleil mourant,
des griffures blanches, courtes et fines tracées par les plumes invisibles des avions
dont les routes se croisent et qui vont n’importe où,
n’importe où,
mais très loin,
et qui écrivent dans le ciel
les signes mystérieux
de leur discret passage.

Routes des avions.

Enfance.

Obscur couloir frais, empli de la rumeur
de courses enfantines.
Celle que je fus
joue, seule, quelque part, à l’ombre d’un platane,
ou, assise sur la marche rouge.
Mon ombre sent la fraîcheur de la tommette
dans le silence poussiéreux,
La fièvre de l’après-midi,
le paisible ennui estival,
les volets mi-clos.

La tête bourdonnante, je me sens hanneton…
Pensive, un moment,
j’entends les échos de leur jeu dans la cour,
J’observe, au travers des carreaux,
leur silhouette colorées,
lumineuses,
vivantes.
et les maigres tiges des roses trémières,
frémissant dans la chaleur blanche.

Le souvenir d’avoir été plus innocente encore…

Le cortège rouge et noir des insectes.
Le mur de briques rouges.
Le bistre des ferrailles,
le toit écroulé,
promenade de chats.

Et, dans la véranda (laissé là sur la table)
le dessin régulier d’une patience.

La guerre des femmes.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Le monde entier
qui est né d’elles.
Le monde entier
qu’elles ont reçu entre leurs mains mouillées.
Qu’elles ont vêtu, nourri,
Qu’elles ont bercé, et endormi.

La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Tout le monde,
et leurs fils, qui sont nés d’elles,
dont elles ont lavé la nuque fragile,
dont elles ont tenu la petite main,
Dont elles ont guidé les pas.
Leurs fils,
qu’elles ont maintenu en vie,
Jusqu’à l’âge d’homme.

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