Les yeux fermés,

J’écoute les vibrations de ma pensée qui vrombit comme mille abeilles d’or, qui tremble comme les feuilles des peupliers, qui s’agite comme des draps mis à sécher dans le vent, qui frétille de pluies grises. 

Mes pensées. Je veux les attraper, les prendre toutes, mais elles s’échappent comme un troupeau de gamines folles. Elles courent et sautent partout et s’écorchent et se blessent et verdissent leurs genoux roses. Roses, les genoux des fillettes, leurs oreilles, leur nez, leurs coudes. 

Mes pensées fuient vers le fond, se cachent derrière des phrases, se blottissent dans les mots, prêtes à bondir comme des tigres blonds.

Mes pensées attendent sagement, les mains posées sur les genoux, qu’on leur permettent de sortir au soleil. Mes pensées frétillent comme des poissons d’or et s’envolent comme deux papillons amoureux qui se tournent autour, comme l’hirondelle qui fend l’air de son cri. Mes pensées sont rangées avec les livres dans les étagères de mon âme. J’en lis une, parfois, comme si elle était la pensée d’un autre.

Ma pensée sort parfois de la cave de derrière, où elle était à travailler, silencieuse et opiniâtre. Elle cherche quelque chose dans le noir, à tâtons. Elle fabrique des idées dans le mystère des replis, sans que je le sache. Je veux trouver et je ne sais pas où chercher. Ma pensée est toute remplie de choses ramassées au hasard, de collections, de bricoles et de riens, de rues en pente, de ciels d’automne, de chansons, de visages entraperçus, de regards émouvants, de frissons, de souvenirs, de coquillages à demi enterrés dans le sable gris, de neige silencieuse, de rideaux dans l’air, de minuscules planètes suspendues dans un rayon de lumière, de poupées cassées, de tortues mangeant des fleurs de trèfle…
Mais, du désordre du grenier de mon âme, ma pensée fait de la logique. De mes fouillis intimes, elle crée des images. Du fou, elle fait du sage.

J’écoute ma pensée dormir sans oser la réveiller… Elle rêve.

©Marie-Anne Bonneterre. Lessive au vent.

Moment…

Il fait beau, mais frais, un agréable fraîcheur matinale. Les boutiques ouvertes charrient la petite foule des clients du matin, des jeunes dames fouillent dans les portants soldés, j’écoute de loin les conversations des chalands, les maris qui interpellent des amis, la maman qui dit « ton râteau, on l’a laissé à la maison ! »
Le soleil peint avec de la beauté.

Hier, aujourd’hui, demain.

Demain, c’est un autre pays. Un pays neuf, un continent de découvertes, une nation virginale, la lumière, le silence, la cécité. Demain, c’est la soif et la faim, mais aussi le pain et l’eau. Demain, c’est l’efflorescence. Demain est à naître.

Aujourd’hui, c’est la route. C’est le fanal et la terre. C’est le phare, c’est la plaine bleue, immense, froide, et vivante de vies brèves. Une mer chaste et féconde. C’est la route sèche.
Aujourd’hui est le germe, la semence de demain.

Hier, c’était la maison, le lit, les chaînes. C’était l’attente.
Hier, c’était le sillon. C’était la force qui bâtit, c’était l’aveugle qui ignore où il va.
Hier, c’était aujourd’hui, et c’était demain.



A felicidade 

A felicidade no gosto das coisas mais simples, na busca da beleza, a que cresce, a que voa, a que canta, a que é perfumada, a felicidade na força que carrega os ramos dos plátanos como braços de titãs, a felicidade na alegria da Primavera, a felicidade na beleza que se ignora, a felicidade no sono do Inverno e nas fúrias de Novembro. A felicidade na corça na borda da floresta, na raposa que caminha calmamente no prado ao amanhecer, no voo furtivo da coruja desta noite. A felicidade na lua renovada, no tecido das estrelas, no azul do céu infinito. A felicidade no pão, frutas, mel. A felicidade no que vive, no que respira, no folgo marino das baleias, no seu canto melancólico. A felicidade na água do riacho que enche a palma da minha mão, e na chuva que lava tudo. A felicidade na melodia de um rouxinol que chama a sua noiva, no hálito do javali que se escapou, na vida.

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Le bonheur.

Le bonheur dans le goût des choses les plus simples, dans la recherche de la beauté, celle qui pousse, celle qui vole, celle qui chante, celle qui est parfumée, le bonheur dans la force qui porte les branches des platanes comme des bras de titans, le bonheur dans la folle joie du printemps, le bonheur dans la beauté qui s’ignore, le bonheur dans le sommeil de l’hiver et les furies de novembre. Le bonheur dans la biche à l’orée du bois, dans le renard marchant sans bruit dans le pré à l’aube, dans le vol furtif de la chouette, cette nuit. Le bonheur dans la lune renouvelée, dans le tissu des étoiles, dans le bleu de l’azur sans fin. Le bonheur dans le pain, les fruits, le miel. Le bonheur dans ce qui vit, ce qui respire, dans le souffle ultramarin des baleines, et dans leur chant mélancolique. Le bonheur dans l’eau du ruisseau qui emplit ma paume, et dans la pluie qui lave tout. Le bonheur dans la mélodie d’un rossignol qui appelle sa belle, dans l’haleine du sanglier qui s’est échappé, dans la vie.

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Orage.

Il y a le silence,
Quelques gouttes,
Soudain le vent,
Et au loin le cri du ciel déchiré.

Messager de la furie,
le vent muet arrache sa voix à la terre
et au ciel.

Tire de la bonace les sanglots
et les larmes tombent et se fracassent.

Laisse passer le torrent de son haleine libre
qui enchaîne à son souffle les feuilles des arbres
et des livres.

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