Les jours.

Les jours, comme des larmes, comme des grains de riz, comme des pétales de cerisier, comme les vents maussades, comme la pluie.
Les jours, qui vont à grand bruit, dans le fracas des villes, dans le tumulte de la jeunesse, dans le fardeau du tout venant.
Les jours, dans le silence, dans l’abandon, dans le blanc des doigts de neige.
Les jours, qui ruissellent comme des larmes.
Comme des rivières de pleurs inconsolés.

Garrigue.

Tout était blanc à cause de la lumière.
Tout faisait mal à voir.
Je ne me souviens que de l’odeur
des pins, du thym et du romarin,
Et de trois silhouettes
Dans la poussière du chemin.
Je me souviens des roches dévorées,
des papillons ivres de soleil,
des cigales.
Nous rentrions bredouilles,
Nos filets à papillons sur l’épaule,
dans la gloire du jour finissant,
nos sandales pleine de sable.

Avant qu’il ne soit trop tard…

Avant qu’il ne soit trop tard,
je voudrais encore poser ma tête sur ton ventre doux.
je voudrais appuyer mon épaule à la tienne. Je voudrais lire tes pensées dans tes yeux profonds.

Avant qu’il ne soit trop tard,
je veux encore sentir ton souffle sur ma nuque. Je veux encore ton étreinte et le chagrin de nos corps délacés. Je veux la houle et l’écume. La tempête qui m’emporte et les clapotis de nos mots tendres.
Quand nous serons séparés, où seront-ils ?

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Le goûter.

J’ai respiré le pain frais. Il sentait le goûter, les barres de chocolat Milka dans leur papier mauve, l’enfance, l’école et la cour de récré. Il sentait la poussière saine du chemin battu, les tilleuls en fleurs, la fin de l’année, la sortie en bus. Il était plein de silence et de rires.
Il était tellement peu de chose.

Ma mère saupoudrait les longues tartines de la baguette beurrées, de sucre ou de cacao en poudre Poulain. Elle les secouait au-dessus de l’évier pour les débarrasser du superflu qui aurait causé des dégâts sur nos maillots et nos jupes. Je les pliais en deux dans la longueur pour pouvoir les mordre.
Le beurre faisait des rides brunes.


Les gens.

Il y a des jours où je ne les aime pas, les gens. Ils font du bruit, ils te bousculent, ils vont et viennent et passent indifférents.

Il y a des jours où je les aime, les gens…
Je vois la vie qui les anime, parce que je sais que ce ne sera pas toujours comme ça. Ils me paraissent chauds, touchants, fragiles. Ces jours-là, je ne sais pas pourquoi, le soleil éclaire leurs prunelles et en révèle la transparence et la clarté. Il pénètre plus profondément qu’à l’ordinaire.
Ces jours-là où j’aime les gens, tous les gens, je vois leurs gestes comme des envols suspendus, inachevés.

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