Quelques mots…

Des mots que j’aime :
chagrin, qui a des larmes quand on le dit,
misère, perçant comme un vent glacial,
baliverne, qui bondit et cabriole,
pastorale, doux comme un troupeau d’agneaux,
écoute, quand on laisse longtemps durer le son « ou »,
frisson, qui fait des vagues et donne la chair de poule,
élan, qui va vite, mais qui ralentit sur la fin,
flamme, en faisant sonner les deux « m », et en fermant la bouche pour éteindre le son,
parole, qui s’envole,
godillot, qu’on entend trainer sur la route…
Quiétude, ne pas oublier de prononcer qui-é-tude,
imbécile, en appuyant sur le bé, et en ralentissant sur le i, ça fait toujours son effet.
Patience et constance, rien que de les prononcer, on a envie d’être patient, et constant.
Écrit, j’entends le bruit de la plume qui crisse sur le papier,
souffle, et la brise est là,
patenôtre, on y entend des prières anciennes.
pluie, quand on le prononce lentement en détachant « plu » et « ie »,
glace, rien que ce mot, et il fait froid.
Ami, qui commence ouvert et sonore et finit en caresse…

Les mots sont si beaux…

Diego.

J’ai eu un ami. Le plus fidèle des amis. Où que j’aille, quoi que je fasse, quoi que je dise, mon ami était près de moi, d’accord avec moi, heureux avec moi.

Cet ami était un chien.

Diego.

Mathilde l’avait trouvé errant.
La semaine précédente, j’avais dit « Quand je rentre de Paris, mercredi, nous irons à la SPA chercher un chien ». Le chien qu’elle attendait depuis longtemps. Et ce jour-là, dans la cour du collège se trouvait un chien brun et touffu aux yeux jaunes. Le chien s’est retrouvé dans la voiture de ma mère, qui gardait la petite, puis dans son salon… Mathilde m’avait prévenu, l’air réjoui. « Il y a une surprise à la maison ! ». « Une surprise avec des poils ? » j’ai demandé.

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Les yeux fermés,

J’écoute les vibrations de ma pensée qui vrombit comme mille abeilles d’or, qui tremble comme les feuilles des peupliers, qui s’agite comme des draps mis à sécher dans le vent, qui frétille de pluies grises. 

Mes pensées. Je veux les attraper, les prendre toutes, mais elles s’échappent comme un troupeau de gamines folles. Elles courent et sautent partout et s’écorchent et se blessent et verdissent leurs genoux roses. Roses, les genoux des fillettes, leurs oreilles, leur nez, leurs coudes. 

Mes pensées fuient vers le fond, se cachent derrière des phrases, se blottissent dans les mots, prêtes à bondir comme des tigres blonds.

Mes pensées attendent sagement, les mains posées sur les genoux, qu’on leur permettent de sortir au soleil. Mes pensées frétillent comme des poissons d’or et s’envolent comme deux papillons amoureux qui se tournent autour, comme l’hirondelle qui fend l’air de son cri. Mes pensées sont rangées avec les livres dans les étagères de mon âme. J’en lis une, parfois, comme si elle était la pensée d’un autre.

Ma pensée sort parfois de la cave de derrière, où elle était à travailler, silencieuse et opiniâtre. Elle cherche quelque chose dans le noir, à tâtons. Elle fabrique des idées dans le mystère des replis, sans que je le sache. Je veux trouver et je ne sais pas où chercher. Ma pensée est toute remplie de choses ramassées au hasard, de collections, de bricoles et de riens, de rues en pente, de ciels d’automne, de chansons, de visages entraperçus, de regards émouvants, de frissons, de souvenirs, de coquillages à demi enterrés dans le sable gris, de neige silencieuse, de rideaux dans l’air, de minuscules planètes suspendues dans un rayon de lumière, de poupées cassées, de tortues mangeant des fleurs de trèfle…
Mais, du désordre du grenier de mon âme, ma pensée fait de la logique. De mes fouillis intimes, elle crée des images. Du fou, elle fait du sage.

J’écoute ma pensée dormir sans oser la réveiller… Elle rêve.

©Marie-Anne Bonneterre. Lessive au vent.

Inventaire.

Dire que la vie, la nôtre, n’est pas éternelle… Combien de printemps ? Combien d’étés ? Combien de douces et chaudes soirées où jouent des vers luisants ? Combien de pleines lunes ? Combien d’arc-en-ciel ? Combien de fois la neige immaculée ? Combien de baisers à bouches éperdues ? Combien de caresses ? Combien de fois aimer et être aimé ? Combien de mots tendres dans la nuit ? Combien de fois surprendre un regard innocent, un geste figé dans l’air ? Combien de renards jouant à l’aube dans le pré, combien de fois entendre rêver le chien, combien de baignades et de rires ? Combien de fois prendre son enfant dans ses bras ? Combien de rêves et combien d’enfance?

On ne compte jamais, et soudain, tout a disparu.

Il y a une dernière fois à toute chose.

Peinture : Zhang Daqian.

Septembre.

Herbes sèches,
Floraisons noires,
Branches dénudées,
Fleurs sans fruits…
La vigne blanche laisse ses filles échevelées envahir murs et clôtures comme des folles sans entraves. Les écharpes transparentes des brumes de la rivière s’enroulent et montent au ciel où se déploient les roses de l’aube.
Les feuilles encore vertes attendent le vent de novembre qui viendra les décrocher une à une pour les emporter dans d’invisibles bras plein d’eau et de frimas.
Les étourneaux se donnent rendez-vous dans le ciel pur et nu du soir, et se pressent par petits groupes pour rejoindre le murmure éphémère de leur communion mystérieuse. Leur nuage en pointillé se noue et se dénoue au gré de secrètes inspirations, mais qui décide du chemin ?
Tout va vers une fin jusqu’aux prochaines éclosions. L’été s’endort sereinement, emmitouflé des vapeurs douillettes de l’automne qui arrive sans bruit.
L’été a répandu sa joie sans fin pendant les jours splendides et saupoudré de vie chaque coin d’herbe, chaque couple frémissant, chaque emmêlement vivant, chaque graine ténue. Il a tenu dans sa main de lumière toute chose qui voulait naître. Puis il a refermé ses doigts flamboyants, et laissé place aux doigts mouillés de septembre qui retient dans sa paume les futures germinations. L’automne cache tout ce qui va renaître dans un fouillis de feuilles mortes.

Premier jour de l’automne.