Vagabonder.

Il est temps de revenir en moi. De parcourir les territoires immenses et libres de la création, qui s’affranchissent de tout dogme, et de tout préjugé, libre de toute habitude. Qui refuse de se conformer, de s’adapter, de se soumettre à une autre logique que la sienne, qui ne sait prétendre et qui ne peut feindre.
Des territoires inexplorés, uniques parce que ce sont les miens, et que je dois découvrir seule, sans empressement, avec lenteur et gravité. L’inconnue qui est en moi, qui est si vaste, si mystérieuse. Des territoires construits de bric et de broc, avec mes souvenirs, mes blessures, les images aperçues, les parfums de l’enfance, les larmes et la joie.
Qu’est-ce que mon âme a construit avec tout ce fouillis de choses disparates ?
Ce paysage intime bâti au fil du temps dans le secret de mon cœur ébloui, à quoi ressemble-t-il ?

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Eau douce.

L’eau qui coule dans ma bouche,
C’est l’eau verte des jardins.
Abreuvée de palpitations infinies,
La vie ruisselle.

L’eau verte des jardins, c’est la mare
immobile, peinte de gouache mate, brouillée un instant
Par le saut de la grenouille.
Son passage laisse voir une eau noire.
Une eau profonde comme un œil
que la paupière de l’eau
recouvre.
Ploc.

L’eau de la mare cache sa nature de ténèbres sous sa peau verte.
Les insectes de l’eau y marchent à l’envers,
de leur long pas d’araignée.
Quelles sont les bêtes sombres, les limaces sanglantes,
Les poissons enchevêtrés de mousse de ses fonds mystérieux ?

Ils écartent les végétations ternes pour regarder le ciel,
Dévoilant en silence la nuit des eaux dormantes.

L’eau verte des jardins reposent dans des pots.
Laissés là par la main négligente du jardinier, ils ont recueilli
l’eau des pluies de novembre
et se sont laissés briser par le gel de l’hiver.

L’eau verte des jardins,
C’est le ruisseau qui file des quenouilles de soie
Chahutant comme un enfant léger sur les pierres glissantes.

Les ruissellements arborescents dans le sable
forment des lacs où nait un monde minuscule.

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Ciel.

Écrire un petit poème du soir,
sur le dégradé du ciel,
du jaune où traînent des nuages qui se croient mauves quand ils sont gris,
du bleu du ciel qui se fond en écarlate de soleil mourant,
des griffures blanches, courtes et fines tracées par les plumes invisibles des avions
dont les routes se croisent et qui vont n’importe où,
n’importe où,
mais très loin,
et qui écrivent dans le ciel
les signes mystérieux
de leur discret passage.

Routes des avions.