A felicidade no gosto das coisas mais simples, na busca da beleza, a que cresce, a que voa, a que canta, a que é perfumada, a felicidade na força que carrega os ramos dos plátanos como braços de titãs, a felicidade na alegria da Primavera, a felicidade na beleza que se ignora, a felicidade no sono do Inverno e nas fúrias de Novembro. A felicidade na corça na borda da floresta, na raposa que caminha calmamente no prado ao amanhecer, no voo furtivo da coruja desta noite. A felicidade na lua renovada, no tecido das estrelas, no azul do céu infinito. A felicidade no pão, frutas, mel. A felicidade no que vive, no que respira, no folgo marino das baleias, no seu canto melancólico. A felicidade na água do riacho que enche a palma da minha mão, e na chuva que lava tudo. A felicidade na melodia de um rouxinol que chama a sua noiva, no hálito do javali que se escapou, na vida.
Lire la suite « A felicidade «Le bonheur.
Le bonheur dans le goût des choses les plus simples, dans la recherche de la beauté, celle qui pousse, celle qui vole, celle qui chante, celle qui est parfumée, le bonheur dans la force qui porte les branches des platanes comme des bras de titans, le bonheur dans la folle joie du printemps, le bonheur dans la beauté qui s’ignore, le bonheur dans le sommeil de l’hiver et les furies de novembre. Le bonheur dans la biche à l’orée du bois, dans le renard marchant sans bruit dans le pré à l’aube, dans le vol furtif de la chouette, cette nuit. Le bonheur dans la lune renouvelée, dans le tissu des étoiles, dans le bleu de l’azur sans fin. Le bonheur dans le pain, les fruits, le miel. Le bonheur dans ce qui vit, ce qui respire, dans le souffle ultramarin des baleines, et dans leur chant mélancolique. Le bonheur dans l’eau du ruisseau qui emplit ma paume, et dans la pluie qui lave tout. Le bonheur dans la mélodie d’un rossignol qui appelle sa belle, dans l’haleine du sanglier qui s’est échappé, dans la vie.
Lire la suite « Le bonheur. »Pluies d’été.
Pluies dans la chaleur d’un jour d’été.
Le ciel s’en va grondant par derrière les collines pour y cacher de noires rancœurs.
On entend ses derniers grommellements furieux, tandis que les nuages laissent fuir un sillon de clarté furtive…
Orage.
Il y a le silence,
Quelques gouttes,
Soudain le vent,
Et au loin le cri du ciel déchiré.
Messager de la furie,
le vent muet arrache sa voix à la terre
et au ciel.
Tire de la bonace les sanglots
et les larmes tombent et se fracassent.
Laisse passer le torrent de son haleine libre
qui enchaîne à son souffle les feuilles des arbres
et des livres.
Le soir.
Écrire sur la terrasse dans les criaillements des martinets et les roulements lointains d’une fanfare sur la place… Le petit côté martial atténué par la distance, on dirait une marche de marionnettes.
Douceur et sérénité du soir.
Sorties…
C’était l’époque des sorties de fin d’année.
Nous allions à Compiègne, au château de Pierrefonds. Dans le car, il y avait toujours les nunuches qui voulaient être devant parce qu’elles avaient « mal au cœur’ et qui finissaient par dégobiller. Nous hurlions « Il s’appelait Stioubol… » et « Merci chou-fleur ! ». Le sac du repas sentait la banane et nous déjeunions d’un sandwich mou arrosé d’eau tiède parfumée à la fleur d’oranger.

Couleurs…
Les noms des couleurs sont les mots d’un poème…
Aile de corbeau, terre d’ombre, puce, rouille, sang, outremer, incarnat, tabac, lilas, mandarine, bistre, ventre de biche, beurre frais, émeraude, moutarde, turquoise, azur, taupe, coquille d’œuf, menthe, héliotrope, pomme, corail, abricot, réglisse, cuisse de nymphe émue, perle, lavande, écarlate, fauve, garance, tango, chartreuse, glauque, tourterelle, crème, ivoire, jaune paille, Jaune de Naples ou de Mars, acajou, maïs, puce, capucine, alizarine, sang de bœuf, tilleul, vanille, olive, pistache, mousse, Véronèse, zinzolin, amarante, bitume, fraise écrasée…

Piémanson.
La plage de Piémanson, aux Salins-de-Giraud, est perdue au bout d’une Camargue dure et laborieuse, salée, craquelée, marbrée du rose des marais. Après le village, il faut rouler vingt kilomètres pour trouver la plage qui était quasiment déserte lorsque nous étions enfants. En traversant les marais salants, nous léchions nos bras salés par l’écume portée loin par un vent léger, soudain pris d’hystérie à l’approche de la mer. Sur la longue plage vide, les familles en pique-nique avaient arrimé leurs toiles rayées et leurs parasols tous les deux cents mètres, les jours d’affluence. La plage, entre deux bras du Rhône qui se jette en delta dans la Méditerranée, comme ne l’ignorent pas ceux qui ont étudié la géographie de la France à l’école, est longue et plate, sans dunes et parsemée de troncs de bois flottés charriés par ce fleuve puissant. Nos parents installaient pour la journée, autour du bus volkswagen, ce qu’ils appelaient un campement de caraques. Les caraques, dans le sud, ce sont les gitans, de ceux qui jouent de la guitare autour du feu, avec leurs enfants morveux et libres, leurs femmes attifées de jupes roses, en claquettes, leurs sièges de bagnoles déglingués en guise de canapé Ikéa.
Lire la suite « Piémanson. »Mon père.
Mon père était du genre à conduire le bras à la fenêtre de la Simca, tapotant le toit du bout de ses doigts. Décontracté et patient, il chantonnait en attendant ma mère qui aimait nous faire attendre, entassés dans la petite voiture. Je revois sa nuque, avec ses cheveux coupés au rasoir par le coiffeur de l’avenue Descartes, et ses oreilles un peu décollées au travers desquelles passaient un soleil rouge. Il fumait négligemment ses Gitanes, envoyant par la fenêtre ouverte les volutes de fumée épaisse du tabac brun.
Il rentrait du travail à heures fixes, c’était en ce temps-là un homme à la régularité d’horloge. Il nous embrassait en nous frottant les joues avec sa barbe du soir, un baiser de papier de verre. On éclatait de rire. Mon père entrant dans la maison, c’était la joie et la légèreté qui revenait du travail avec lui. Le soir, pour épargner cette tâche à ma mère, mon père nous donnait notre bain, nous confondant avec des animaux à étriller. On ressortait de cette épreuve propres comme des sous neufs et rouges des pieds à la tête. Puis mon père disparaissait je ne sais où, tandis que nous mangions notre soupe dans la petite cuisine
Persiennes.
Les volets sont entrebâillés à l’espagnolette. La lumière tamisée incite à la sieste… Douce pénombre de la maison, les jours d’été, quand maman baissait les stores.
