La vie répare avec l’oubli…
L’oubli des chagrins, des deuils, des heures sombres, des transes adolescentes, des fébrilités de l’ignorance. L’oubli des souffrances, des déchirements, des départs. L’oubli des oublis qui ont blessé.
Avec le chiffon du présent, la mémoire efface les meurtrissures du passé.
Tout se fond en une mer d’émotions muettes d’où surgit parfois un souvenir, comme un cadavre agité.
Catégorie : Et le reste…
Ciel.
Écrire un petit poème du soir,
sur le dégradé du ciel,
du jaune où traînent des nuages qui se croient mauves quand ils sont gris,
du bleu du ciel qui se fond en écarlate de soleil mourant,
des griffures blanches, courtes et fines tracées par les plumes invisibles des avions
dont les routes se croisent et qui vont n’importe où,
n’importe où,
mais très loin,
et qui écrivent dans le ciel
les signes mystérieux
de leur discret passage.

Enfance.
Obscur couloir frais, empli de la rumeur
de courses enfantines.
Celle que je fus
joue, seule, quelque part, à l’ombre d’un platane,
ou, assise sur la marche rouge.
Mon ombre sent la fraîcheur de la tommette
dans le silence poussiéreux,
La fièvre de l’après-midi,
le paisible ennui estival,
les volets mi-clos.
La tête bourdonnante, je me sens hanneton…
Pensive, un moment,
j’entends les échos de leur jeu dans la cour,
J’observe, au travers des carreaux,
leur silhouette colorées,
lumineuses,
vivantes.
et les maigres tiges des roses trémières,
frémissant dans la chaleur blanche.
Le souvenir d’avoir été plus innocente encore…
Le cortège rouge et noir des insectes.
Le mur de briques rouges.
Le bistre des ferrailles,
le toit écroulé,
promenade de chats.
Et, dans la véranda (laissé là sur la table)
le dessin régulier d’une patience.
La guerre des femmes.
La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Le monde entier
qui est né d’elles.
Le monde entier
qu’elles ont reçu entre leurs mains mouillées.
Qu’elles ont vêtu, nourri,
Qu’elles ont bercé, et endormi.
La guerre des femmes,
C’est de maintenir tout le monde
en vie.
Tout le monde,
et leurs fils, qui sont nés d’elles,
dont elles ont lavé la nuque fragile,
dont elles ont tenu la petite main,
Dont elles ont guidé les pas.
Leurs fils,
qu’elles ont maintenu en vie,
Jusqu’à l’âge d’homme.
L’étudiant.
Un petit exercice littéraire. (Écrire un court texte contenant les cinq mots suivants : Sentiment, écrire, crépuscule, bien-être, étudiant)
L’étudiant avait le sentiment qu’écrire au crépuscule lui procurait un bien-être incomparable. Il rentrait vite de la fac, faisait toutes les petites courses nécessaires à la soirée et montait dans sa chambrette-cuisine-salon en quelques bonds de ses longues jambes élastiques. Toute la journée, il avait pensé à cet instant de solitude. Il avait anticipé les gestes simples… L’eau qui chauffe dans la bouilloire pour le thé, les feuilles alignées bien proprement sur le bureau, les stylos d’encre noire au garde-à-vous sur la droite du paquet de feuilles.
Lire la suite « L’étudiant. »Aphorisme.
Ceux qui sont si fiers d’eux-même doivent remercier le hasard.
Être deux.
Le secret d’un couple réussi : toujours se faire passer en second. Une règle valable pour les deux partenaires. Ainsi, chacun trouve sa part de bonheur dans la générosité de l’autre…
Il pleut.
Les larmes du ciel sur les vitres du salon…
Avant qu’il ne soit trop tard…
Avant qu’il ne soit trop tard,
je voudrais encore poser ma tête sur ton ventre doux.
je voudrais appuyer mon épaule à la tienne. Je voudrais lire tes pensées dans tes yeux profonds.
Avant qu’il ne soit trop tard,
je veux encore sentir ton souffle sur ma nuque. Je veux encore ton étreinte et le chagrin de nos corps délacés. Je veux la houle et l’écume. La tempête qui m’emporte et les clapotis de nos mots tendres.
Quand nous serons séparés, où seront-ils ?
Trier…
Plus l’élégant que le cocasse, plus le raffiné que le réjouissant, plus le discret que le magnifique, plus le minuscule que l’éblouissant, plus le désespéré que l’inspiré.